Line
LLAO
EMPREINTES
Cheminements
infimes
Version 05 du 01 04 2007
Fenêtres
sur le temps
Années faciles
Cinq heures
de l’après-midi
Et
l’homme dans son vieux garage sous-sol aménagé, seul, enfermé dans les WC, qui
pleure dans son papier toilettes, assis sur le rebord de la cuvette, triste et
défait.
L’œil
rivé sur ses socquettes, le pantalon baissé sur ses souliers. Il tire la
chasse, résolu à ne pas y revenir.
Dans le grand capharnaüm, un instant de tendresse.
Viré
le café du réchaud, la ricorée vite
avalée, il grimpe les étages, et s’en va
lire la dernière revue de mode à la mémé du 5°, aveugle, à moitié sourde et
muette. Puis va promener son roquet.
Revient
dans les sous-sols vers les une heure, pour manger un œuf à la coque.
L’après-midi,
garde le chat du pépère parti pour un examen en clinique, descend quatre à
quatre les escaliers du 8° rendre les canaris tombés de fatigue de leur
perchoir sous la couverture grise.
Avale
son yaourt, puis poursuit par un sandwich SNCF, avale un café, boit son pinard,
pense à son RMI qu’il va toucher.
Evacue tout son monde parti, ramasse les mouchoirs
sales, il se soulage…
Tire
la chasse, puis fait claquer le loquet.
Se
rend dans la salle de bains, se rase la moustache, crache le verre de
dentifrice en verre blanc. Se regarde dans la glace cassée.
Puis
s’en va, dans sa jaquette secours populaire. Fume une brune, ferme les portes
du garage à double tour avec la grosse clef au bout du citron, de plastique. Va
vendre les journaux, du soir.
S’essuie
le front avec son mouchoir à carreaux, prend son vélo. Encore un flirt…
S’arrête
un instant pour admirer le balcon fleuri de la petite du 4° de l’immeuble d’à
côté.
S’emplie d’air frais repart. Pousse un soupir.
C’est lundi.
Ether bleu
C’était comme une porte ouverte, qui s’ouvre sur un
passé qui n’a jamais existé.
Elle
se regardait dans un éclat de verre, glace bleutée où se reflétaient les
volutes de fumée.
Elle
n’a pas parlé, pas pleuré. Heure après heure, tranquille et calme.
Heureuse
de vivre peut-être.
Elle
disait : A force de regarder en soi, il ne reste plus de place pour les
autres.
Ils
voulaient tout.
Une
grande paix l’envahit.
Une
fleur dans ses mains, elle s’avança, extrêmement faible, si légère dans sa robe
bleue lavande, si nue sous le voile de sa chasteté, et dans un murmure,
souffla : Je touche le fond de l’eau.
Et
s’effondra évanouie, dans les bras des dames. Le brin de lavande bleu resta sur
les pavés, elle emportée. Il embaumait la grande salle du Hall.
Elle
ne parlait pas fort, restait seule debout dans l’entrée, si frêle que la chair
de ses doigts était translucide.
Le
chat persan de la pension contre elle, elle souriait, ce chat, bleu pâle
fourrure qui chatouillait les narines.
Il
sentait bon le foin et l’oiseau des champs, elle redoutait le lendemain.
Elle
se disait : L’Homme est un loup pour l’Homme et parfois certains voient des loups partout, l’Homme
n’est malade que de l’Homme.
L’Etat,
l’état de maladie.
La
discipline de sa vie l’avait anesthésiée, elle respirait le visage tendu vers
la grande fenêtre, cherchait l’air pur, vacillait dans l’atmosphère nue et
glaciale, entre les immenses murs de pierre du couvent. Son corps parfait
palpitait tout entier.
Tranquille
malgré une pointe de crainte, elle esquissa un pas vers la porte centrale en
clef, tournoya, et tomba.
Les
hirondelles voletaient au dessus du corps vide.
Il
y avait de cela cent ans.
Les lingères l’emportèrent dans un drap blanc.
Bobby
Nous
sommes les jardins des autres, chacun visite, la matinée, l’autre côté de la
petite haie de feuilles.
La
vie, jardin des bonnes gens trempés sous la pluie, la paix des braves gens
honnêtes fiers et bons, qui guettent le ballon rond du petit garçon, de l’autre
côté de la haie.
Miroirs
teints, pays vague où les voisins fuguent de peur de leur villa, où les femmes
elles aussi ont des devoirs, quand les maris portent la culotte ou perdent au
tiercé.
Où
la cravate se porte devant le patron telle la corde au coup méritée du marié,
la corde des pendus au clou.
Maisons
blanches et roses où les couples officiels travaillent mènent leur vie depuis
leur jeunesse.
Où
il faut tirer un trait sur le vice et la vertu.
Où
les amis des amis traînent leur bleu au front, leurs larmes et leurs pensées
secrètes, vendent leur pain et leurs biens. Où les dresseurs de chiens font
fortune, où les enfants font des rêves de fortune et de torture.
Où
les jambons pendent aux fenêtres, aux âtres des cheminées, sans que jamais ne
soit connu le nom de l’heureux élu, du fiancé ou de l’âme perdue, ni l’adresse
du charcutier.
La
coupe au rasoir qui dégage l’arrière des oreilles guette le garçon à qui il est
interdit d’approcher la télé ou de s’attacher au radiateur avec les ceintures
de son père.
Les
petits chiens sortis le soir, reviennent gaillards, rassérénés et ravis, blancs
tout comme la peinture de leur niche et les petites barrières blanches,
bouledogues attendris, bavant doucement et tendrement, sur les mains des
invités, barrières qui entourent le pavillon de planches de bois blanc, celui
de Monsieur X.
Où
la peinture s’écaille, et l’arrosoir hydrate les feuilles vertes des rosiers, à
chaque taille d’arbustes et d’arbres, où les ciseaux s’entendent à la ronde
lorsque les haies de buis et de troènes ont trop poussé.
Et
les plum-pies encore chauds refroidissants sur les rebords de fenêtres à petits
carreaux, ou guillotines.
Et
la vie des petits couples venus aménager s’effrite, enlaidie des rituels
quakers, du bruit du réfrigérateur, de l’aspirateur des fins de semaine, des
tableaux pendus le coin penché, aux murs fades.
Les
pavés à laver, le foulard posé sur les bigoudis de la mise en plis. Quasi
cérébrale.
Et
aussi le petit déjeuner aux céréales qui tient en forme toute la journée, au goût
mielleux et suave ou sec et tendre, à ne pas manquer sous aucun prétexte pour
ne point faillir au devoir de travailler.
Pays
où tout est permis dans les limites de la règle, du règlement des dettes des
rites et des coups de téléphone, où tout est permis, dire tout à Bobby.
Et
les petits chiens guettent le soir leur maître, apparu au coin de la villa
voisine, le long des troènes où les chats passent leur vie, vieux bonzaï qui
clôturent les jardinets bien entretenus et propres.
La
petite robe de mai de la troisième fille rentrée du pressing à cheval sur le
bras de la tante Alice.
Et le petit dernier qui ne se fait pas attendre.
Bobby…
Jardinet,
noyade essentielle
Les
chats étaient revenus de leurs frasques le ventre vide, le poil luisant et
lisse, la robe fourrée, feutrée parfois, noire et somptueuse, sauvages. Les
petits suivaient la queue dressée, affamés, ivres de la promesse de manger
enfin.
Le gravier de la cour immobile crissait sous les pattes
et les allées venues.
Elle dit : Les chats boivent de l’eau croupie, et
s’alita.
Le
lendemain, elle vint contempler, debout droite sur ses petits pas, dans sa
chemise, l’eau de la petite fontaine cachée sous les lierres et les mousses,
couler dans le bassin vert aux poissons rouges.
De
temps en temps, un clapotis, un énorme crapaud plongeait, elle inclina la tête
au dessus de ce vert, les mains jointes sur sa poitrine.
Les
chats mangeaient dans la vaisselle de faïence verte jaune et bleue de la
cuisine aux carreaux mosaïque rouge et jaune. Les chats courraient dans tous
les sens, mêlaient leur remue-ménage aux réflexions qui revenaient.
Un
jeune chat courrait après les papillons.
Sauvage
autant qu’elle, un adulte, un chat tigré grimpait sur le mur qui longeait les
fenêtres entrouvertes du premier étage, sautait sur le rebord et pénétrait dans
les chambres.
Entraient
par l’embrasure des battants retenus d’une chaîne, filaient d’autres matous.
Elle sentit la peur qui la faisait fuir.
Dans
la nuit, la bête venue se réfugier là dans sa chambre faire ses petits la fit
se réveiller, elle les trouva dans un nid d’oreillers, de traversins et de
draps.
Elle
pleura, réunit ses forces, emporta les petits dans son tablier à petits
carreaux vichy, noya les chats dans le bassin vert et rond, baissa la tête, au
dessus des poissons.
Puis
contempla ses mains et partit.
Elle
pleurait seule, tremblante, devant la flaque de sang encore chaud.
Elle
laissa tomber la lettre de ses mains.
Sur
la lettre était écrit d’une main appuyée : Tue-les
L’attente
Mes écrits livrés aux chiens
Mon
amour éventré dans ma chair
Mes
livres abandonnés aux orties
Ma
passion déchiquetée heure après heure
Mes dents plantées dans la gorge du loup ensommeillé
Tranchent, ont cisaillé déjà les tendons du cou, ceux
de la peur
Evidées
mes terreurs
Tendre
enfance bousculée, percutée des coups violents de l’âge précoce, et du temps
sans saveur ni fin.
Heurtée des délires adultes, des colères sanglantes
Le
chiot battu de ses maîtres
Le
chat frappé, châtré, étendu sur le canapé rouge aux motifs désuets de tentures
fanées
La fourche de la mort plane, lentement
Sa
faux purpurine erre au dessus de mes yeux
Je me laisse bercer dans les civières, autant que dans
rivières
Et
pense encore au lendemain
Petit
homme qui mugit lorsque la bourrasque lessive les contrées, calme tes ardeurs,
tes craintes et tes hontes tout au fond de ces yeux-là.
Le vent ronfle et mugit aux coins des portes
L’ouragan
entre brutalement, les fenêtres ouvertes détonnent, dans la maison vide.
J’ai
pétri de mes mains le sang, la forme de l’enfant furtif et futur, forgé son
avenir latent au creux de mes songes
Il
est pour moi
N’aura
jamais l’heur ni l’audace d’appartenir à autre chose qu’aux valets de l’ordre,
aux coups bas des feux ennemis, des inconnus noirs de haine qui ravagent mes
répits
Il
hurle sa vengeance au fond de mon ventre, il aura sa Raison pour lui
La
gueule du loup blessé halète contre mon aine, je me laisse aller au fond de
l’eau, me noie, dans un verre bleu.
Je
te vois, aussi grand qu’une montagne, si fort si seul que nul ne saurait te
livrer aux anges et démons dans le labyrinthe du mal et de la douleur
J’attends
ta revanche.
Et qu’elle coule librement au dessus des hommes, un
ciel parfait
Petit
homme qui ne vient
Jamais
Qui
ne naîtra
Non,
je ne renoncerai
Rose serpentine
Pour
tes vingt ans, je t’offre une fleur, une rose, celle de ta jeunesse, ton
engouement pour la vie et tes premiers pas dans notre existence.
Je
te tends la main pour un voyage vers les cimes, la traversée des forêts
sombres, et des jours de pluie noire, la tendresse de mes regards, j’attends
ton rire, ta main au creux des miennes.
Je
ne crains pas les faux pas qui sépareront nos soupirs, j’insiste, je ne
pardonnerai à qui brisera notre élan, brisera notre lien, et je plaiderai mon
désir, tout mon amour si tu t’éloignes de cette confiance qui nous étreint.
Que
reste longtemps à l’infini le pardon de nos fautes, si les fautes nous
séparent, que reste en nous l’image de la passion, et du désir profond.
J’ai
erré toute une vie pour te trouver, si joli, si poli, au fond de ma poitrine,
je berce nos élans d’amour et console ta soif de vivre si elle est meurtrie, je
t’attendrai de ma chambre aux aurores, pour te faire passer le Styx des
promesses, des premiers vœux.
Je
t’aiderai, pour toujours si je dois l’avouer.
Cette
lettre si folle, brûle la au creuset de ton cœur, déchire la pour que naisse de
ses cendres l’émotion du futur, que germent les rêves, un bouquet d’étoiles,
que s’étende auprès de moi l’infini, et se pose sur ma main une étoile immortelle.
J’éloignerai
de toi le malheur, la séparation atroce de nos esprits désunis, et que naisse
cette étoile divine sur ton front qui guidera ma route.
Toute
la brutalité du monde anéantie de course folle, de ta jeunesse, de tes rires
innocents, des mots d’amour à venir.
Pour
toujours tu auras vingt ans, bannis le vide et les craintes d’un futur inexact,
Si
tu vis là, tout près de moi.
Fruits de
l’été
C’est
l’été, le moment où les vieilles mères guettent le ventre plat des filles,
observent, épient les premiers signes.
L’heure
où il est temps de faire un vœu, de demander la main de la lune au soleil, de
prier la terre pour qu’elle soit féconde, de tant prier le vent que le vent de
la tourmente s’arrête dans ses élans et tombe net, assouvi.
La main
posée sur les hanches des danseuses, les doigts crispés sur les mains des
garçons, entre deux danses un rayon de lune pour un rêve illuminé de lumière
dorée, et des écorces de citron, apportées sur les ailes des dieux.
.
Une
main posée à plat sur le ventre renflé des jeune filles faciles, enceintes
jusqu’aux yeux des pépins d’orange amères des après-midi où s’étreignent en
silence les couples accordés.
Pour
le plaisir de vivre sans rancune encore, pour oublier cette facilité de la
terre à abattre les arbres et défigurer les filles.
Pour
une odeur de terre fumante humide après les journées torrides moites des buées
de l’été, des embruns après l’orage, la chaleur montante parmi les rais de
soleil, de lumière névrosée de blancheur ; les chants des cigales entonnent
le départ, entêtant, vers le voyage infini de l’adultère, éternel, de
l’enfantement, et de l’envie d’aimer.
La sécheresse
des mots qui mentent et voilent le désir profond, la frimousse des filles,
l’étreinte d’un frémissement nouveau, un frisson de menthe poivrée, au goût
intemporel, le choc de la glace au fond des verres, des sirops de citron.
Des
corps frissonnent dans la nuit, des princesses nubiles attendent le déluge de
feu, le ventre chauffé à blanc des rayons blancs, chauds et délicieux, prêts à
la caresse du temps.
Le
temps des amours rougies au feu éternel de la passion, des déluges de sang et
de tendresse, des ventres brûlants empesés d’une planète rouge de promesses,
donnés à la limite de la rupture, sans limite, à la virilité de l’astre.
Saouls
des prémisses de la chair, du frémissement de l‘enfant encore au sein,
abandonné dans un lit de chair tendre et confiante, les esprits veillent.
Sous
les caresses des vents, l’enfant nait ; ennobli des éclairs fracassants
des orages, des lumières falotes de feux de bois, sur les places de terre
battue, fort du tonnerre des dieux tous puissants.
Sous les marques indélébiles de l’interdit.
La
mère, mer géante, contemple le petit être miraculé, la tête appuyé contre les
murs de pierre et de torchis du temple, badigeonné d‘argile ocre ;
lentement s’affaisse, s’ouvre, souffre, laisse aller son sang et gémit.
Fruit
éclaté au soleil de juillet, elle enfante, telle animal en paix, tranquille,
les yeux perdus dans la contemplation du sang qui rougit la terre, ombragé des
jeux de lumière du jour à travers les palmes.
L’enfant
né, trouble éther de vies sanglantes du péché et de l’adultère, s’enchantait de
ses petits doigts crispés sur la main de la mère inerte.
Dans
le miroitement des mirages, sous les jours changeants des palmiers, tout contre
le temple.
L’enfant, joyeux, sourit.
Espagne, vers
le large, Nunca
Elle était partie
Elle
ne reviendra pas
Humaine chair de rêve qui tremble
Le
printemps fut un déluge de fureurs, de feu
De
fer, de sang
Au
loin, au large, il ne reviendra jamais
Enivrée troglodyte de ses rythmes profonds
Au
fond des temples Mayas, baignée de soleil inca, inondée de lumière et de
fatigue
Aux lucarnes de nombril nubile
Aux
meurtrières sages, au dessus des paniers d’osier chargés d’oranges ombragées de
palmes géantes,
Aux
jalousies à claire voie de roseaux râpeux, sablés
Si bien fondé le départ de ses noces
Vers
le large, le grand esprit serein
Celui
de vaincre et d’échanger la peur
Tout
au loin de ce gouffre de chaleur, avec la Mort qui attend
Au
ventre froid et vide et aux blessures mortelles
Aux
cuisantes amertumes
Le
peu de temps qui reste
Anesthésiée des assauts répétés de la ville sombre
Aux
senteurs de malt, de cannelle et d’épice
Sourd
le diaphane chagrin
Alanguie
sur le versant nord, elle contemple, meurtrie,
Au
profond de la blessure vive, la brûlure du souffre
Et
les chardons de la fidélité
Les belles fêtes qui n’ont échappé à l’œil candide
Et
le blafard de l’adolescente
Martèlent
en empreintes gravées d’acide
Il ne reviendra pas
Passé l’hiver des souvenirs
Plus
aucune présence ne sera l’âme de secours
D’une
croisade sans fin
Lentement, le nez pincé, inexorable, elle avance
Vers l’horizon gris dans le brouillard salé,
attend le tourbillon lourd fatal
Contre
un arc liquide qui se forme autour de ses hanches
Atteint
la taille
La
poitrine bombée d’un envol immense, vif, tenace,
Les
bras écartés, frôlant les brumes verticales
Elle
marche vers le grand large
Ses
pieds ancrés, pourtant légers, dans une nuée de sable
Elle ne reviendra pas
Dans le liquide tiède et moite des jours tombés de
l’été
Partis tous deux ensemble
L’un
vers le chariot de feu empli des ombres calmes de la vie
L’adolescente frappée à jamais du sceau des dernières
chances
Le
pari, la mort pour le reflet effacé au
fond des ondes mouvantes ou la
souffrance
Reflet
qui ondule au gré des vagues
Son parfum déjà imprimé au creux du corps
La
mort attendait, l’ombre dorée s’évanouit, s’avançant, embrasée,
Embrassée des morsures de l’eau
A
jamais
La
Côte-Biarritz
Les vieilles odeurs des Eglises m’emplissent les
narines
Envahissent
les poumons
Humectent chaque fibre, chaque ligament tissulaire
De
chaque organe, chaque cellule.
Circulent
dans mon sang, circuit cercueil des vies passées.
Sertie
des remugles lourds des parfums de la foule, tenaces,
Je
me baigne et donne mon corps aux liqueurs
Friandises
des humeurs malsaines ; le corps des défunts
Qui
de leurs tombes suintent leurs sucs.
Les lymphes au goût de pâtes de fruits des vieux
pavillons, de la Côte.
Le toit saumâtre surmonté d’un auvent de bois
Effervescent ;
les teintes pâles et diaphanes des murs
Soulignés
de cadres de bois blanc ou bien rougeâtres effets de cerclage des lunettes et
vitres limpides, lucarnes au dedans noir,
Brouillage
des couleurs layette salées, contraste vif des montants vernis.
Menuiseries éclatées ; couleurs de boiseries au
mordant de vipère
Pavillons
de morts, mort-nés absents, pavillons de la côte, Lido-Biarritz, ou Capri,
vieux lardons, jeux fatals, vieux jus d’oranges et d’ananas, de fruits à
l’arrière-goût sucré, désuet.
Pâtes
de guimauve et bonbons pour la toux.
Oranges
confites écœurantes, vipérines.
Cercueils
défunts.
Lettres suaves.
Le précieux du corps, os, sang, vie cellulaire,
condamné à l’exil
Imbibé
des parfums vifs de cakes, kakis blets
Rentrés
jusques dans le cerveau, tels flèches et poignards innocents
Fichés
sous les os, blessures.
Couleur
pâles fondues, couvertures de sucres glacés des pâtisseries offertes rose
tendre ou jaune-citron vanillé.
Roses
tendres pastel.
Le
toit penché jusqu’au déséquilibre du squelette de bois teinté, enchevêtrement
étalé en rayonnements des dessous d’auvent, peintures de Vinci, où les tuiles
noircies ou devenues brunes, de lichens incrustés, tranchent avec le reste de
propreté des murs.
Parvis
démesurés aux toitures qui se relèvent, élans englués de sels détergents,
desséchants aux embruns maritimes.
Parvis aux toitures infinis.
Lettres suaves volées au cœur, à la poitrine des Dames.
Parvis
immenses et larges marches des grands hôtels jaune pâle. Perrons d’hôtels en
gâteaux d’anniversaire, grands escaliers qui dévalent des portes d’entrée
ombrées, surmontées d’un vantail démesuré.
L’odeur
des coquillages et du sable mouillé ancré dans tout pavillon noyé de crachin,
sable humide remué qui berce son souffle sur les palmeraies Alizéennes,
brulantes larmes plantées en été, poudrées de sel, les saisons passées,
cerclées de ficelles sanglées. L’hiver banal grise leurs troncs desséché,
lessivé ; atroces moignons déboités.
Odeurs
cristallines des naissances émues amères, gommes de sèves émoustillées, sodas
pétillants des bébés, sodas, ventres douloureux des naissances, sangs et
lymphes purifiées des sels marins âcres, rendus à la plage, sangs éthérés
versés dans les caniveaux qui courent à la plage.
Pulsés
au plus profond du corps.
Pâtes
de fruits confites, confiseries très sucrées, à l’odeur de cerveau cadavérique
ou mi-cuit de liqueurs des Grandes Dames de l’océan, éperdues, distribuées une
fois pour toutes la tête perdue.
Bonbons
anis gommes arabiques faites de moments heureux.
Rêves,
rêves purs de vieilles jeunes filles.
Pour un Frantz, quelque part.
Ecumes
brunâtres qui dévalent la pente des marées, Océan vagues et eaux déferlantes
qui atteignent les villes,
Agiles
argiles qui sautent la barrière des rochers noirs
Grisés
de patine
Traversent
la plage sels, immondices sales, arrosant la place
Eclaboussant
le bitume, nouant les jeunes gens, trempés les passants.
Vapeurs
dignes des soins hospitaliers rendus bonbons fiévreux et fruits confits,
liqueurs alcoolisées qui ne pardonnent pas, au parfum composé de passé,
vertiges sans fins sans nom ni échange, vapeurs étouffantes et bourdonnantes,
muettes des fins d’été, à bannir de tout lieu.
Jamais
je n’irai au-delà de ce temps impossible,
Imposable
de tout souvenir.
Mortier
Tabulation zéro, métronome branché
Métro
boulot
Envol
de pacotille
L’ordinaire de la question
Je
joue également
Frappe
illégale
Frappe
rassurée, égale
Outrepasser le droit ne requiert qu’un peu
d’imagination
Outrepasser
le droit ne peut être vécu que comme un manque de vie, de médicament et de
courtoisie.
Il est vrai que cela paraît peu
Il ne tient qu’à un discourt poli
Le
manque d’adresse est le premier symptôme de la maladie
Le
restant marque pour la postérité un temps de recul
Il tarderait d’être à point, ils seraient toujours là
A
moins de manquer à nos devoirs
Il
faut un soupçon d’imaginaire pour propulser un emploi, un plan d’attaque
parallèle infaillible aux absolus scientifiques
A témoin sûr, le loqueteux fera deux ans, loqueteux
plus sûrement coupable que son complice
La merde se mange en repas froid, intubé
Il fait bon travailler dans l’adultère
Un
somnifère
Ors des débats plénipotentiaires et politiques
télévisés ou médiatisés, les passions l’emportent sur le consensus.
Pour que rien ne soit audible
Que rien ne soit ajouté à la perfection de rendre au
mutisme
Plus rien
…
La Mite
Elle
jeta le paquet vide de riz qui restait au fond de l’étagère du vieux buffet de
bois doré, passa la serpillère après avoir balayé les sols de l’appartement,
refit entièrement les linos.
Nettoya
la baignoire, le lavabo avec les éponges prévues pour cet usage, prit l’éponge
bleue et le seau qui servait pour les sols, et refit le WC. Fit le ménage à
fenêtres fermées.
Puis
elle lava la table avec le produit bleu détartrant, la table de bois vert à
carreaux de faïence blanche supportait un tel produit, nettoya le fourneau,
passa une éponge sur laquelle elle avait versé un peu d’eau de javel sur le
vieux réfrigérateur et sur le dessus du sèche-linge, toujours en panne.
Puis
elle se déshabilla, son ménage terminé, suspendit ses vieux vêtements destinés
au nettoyage aux patères fixées sur la face intérieure de la porte de la salle
de bain, enjamba le rebord de la baignoire luisante, et prit sa seconde douche
depuis le début de la matinée.
Sortie
de la baignoire sans glisser, elle ramena ses cheveux en arrière, les brossa,
se relava les dents.
Après
la douche matinale, elle s’était dit que ce serait le jour où elle passerait
l’eau de javel, demain, celui du produit bleu qui mousse.
Elle
se rendit dans la cuisine, se rappela d’avoir refait l’évier lui aussi à l’eau
de javel, d’avoir eu rangé les produits ménagers dans le coffre sous l’évier,
le placard en formica blanc aux deux portes larges étaient fermées, prit une
casserole, celle, unique ustensile qu’elle possède qui soit digne de ce nom, en
émail blanc et crème à l’extérieur, ornée de petites fleurs roses, oranges, à
feuille vertes assorties aux décorations du service de maman et papa.
La remplit d’eau, et décida de se faire cuire du riz.
En
versant les grains dans la casserole, avec le verre mesureur en verre rose, qui
restait toujours à côté de la plaque chauffante.
Elle
était tombée dans l’eau du riz avec le reste des grains.
Elle
versa l’eau chaude dans l’évier, amassa le riz avec une cuillère à soupe, le
jeta dans la poubelle neuve bleue, refit chauffer de l’eau, entama un nouveau
paquet de riz, se refit cuire le déjeuner.
Puis
téléphona à son père, lui demanda de lui apporter de gros bocaux de confiture,
s’il venait lui rendre visite, pour y conserver le riz, les pâtes.
Puis elle alluma une cigarette, et attendit le repas.
Elle
mangea, ramassa les assiettes, couverts, la cocotte, les mit dans l’évier, les
lava. Après la vaisselle, avec un peu de l’autre produit bleu, elle prit une
autre éponge et nettoya l’évier, la
table repassa un coup au fourneau.
Puis
elle se fit un café. Prit le journal, une cigarette, patienta, puis alluma la
cigarette, et l’air songeur, attendit, l’heure des informations.
Enfin, elle se leva, et partit.
Toute sa vie, ce fut ainsi, toute sa vie à venir, ce
serait comme cela.
Et la vie qui n’attendait que sa foi, passa.
Telle un être ailé.
Entre-deux
guerres, Vietnam
Je reviens de guerre, je vais en guerre
Le
front percé, embué d’innocence
La
hanche bloquée, raide, ma foi de vivre profanée
Le dos courbé sous les intempéries
Et
les mains tremblantes
Le
ventre pantelant
J’ai couru sous els déluges de sang le jour et la nuit
Le
fusil à la main
Le
front bombé des soucis de la nuit, des veilles interminables
Le
ventre vide et affamé des siestes craintives
Des
soirées sans faim, passées à regarder la flamme des brasiers vaciller dans
l’ombre
Les poissons des marécages auront ma dernière vie
J’ai
couru à travers les paluds, les cartouches autour de ma taille
Le
torse sanglé des munitions, des sacoches de cuir et le casque posé sur mon
crâne rasé
Les
yeux baissés sur la route à faire
La
mentonnière ballante autour de ma bouche desséchée
Le corps
dévissé, tel un tendon de coq
Tendu
et roide, nerf qui parcourrait toute l’âme
Suante
et à moitié étouffée des moiteurs tièdes, de l’humidité des moussons, le
dimanche sans aucune âme qui vive, mon regard poursuivait les villages aux
dernières battues, les réfugiés hurlaient.
Je
levais la tête de temps en temps, pour examiner les croisées des branches et les
entrelacs des feuillages, un coup de feu partait, un singe se taisait
brusquement, puis tombait des cimes dans un bruit mat.
Dans
la forêt, j’ai erré au cœur des échos, et jeté mes dernières cartouches, les
dernières boîtes de conserves vides, attendais la fin. Mon liquide cervical
s’épanchait dans mes narines, j’ai été touchée. De temps à autre, un singe
hurlait.
Une
balle dans la tête, une fois de plus. Les nausées suivirent, le nez pincé, je
vomissais glaires, baves, salives et sangs, lymphes et eau. L’humidité des
marais m’enivrait, m’enlisait dans la vase, s’imbibait des moisissures
vénéneuses qui s’incrustaient dans les plaies suintantes, rongeaient jusqu’aux
os les chairs lacérées.
Je
traversais les paluds, l’eau jusqu’au ventre, à l’orée de la forêt vierge, qui
au loin résonnait de cris, vides, d’animaux, et parfois, des bruit des combats.
Mes
jambes me tenaient à peine.
Un
vendredi, je tombai, épuisée, face à la mer sous les palmiers au tronc penché,
sur le sable blanc et fin, sec.
Je
dévisageai mon reflet dans la surface limpide d’un bassin aux eaux pures, quand
je m’effondrais le visage dans la boue.
Réveillée
la face dans la terre, le sable rouge collé aux plaies.
Je
divaguais de fièvre.
Plus je parlais, plus la douleur se faisait mordante,
lancinante. Attaquait les chairs déchirées.
L’ennemi approchait, je me laissais emporter.
La
paix ne fut jamais proclamée.
La
guerre fut déclarée, ce serait toujours la guerre.
Je défis discrètement la lanière de cuir qui me servit
de garrot…
Peaux de
Lapins
Marchand de liberté
Né
dans un tissu de lumière, dans un orage des sens
Au
cœur d’un tourbillon de rais originels
Sous
le ciel froid de la lune rousse
Dans
l’éclaircie nimbée d’une nuée de poudre blanche
Né d’une rafale de tramontane
Sous
la course des novas éblouissantes
Au
creux des foins amassés en meule sombres
Dans
un nid de luzerne
Il
arpente les chemins caillouteux, hume la tempête au loin,
Siffle
l’air de rassemblement des bêtes
Ecrase
d’un pied terreux aérien et sûr les fragiles pâquerettes
Noue
les lacets aux croisées des chemins
Ecorche
les lapins
Un
rêve de liberté à la boutonnière
Il dort vaincu de sommeil
Sans
femme autre que le soir
Ivre
de tendresse dans le fouillis ordonné des chairs végétales
Rêve
qu’il marche encore
Et
dans sa tête le cours des ruisseaux ivres
Torrents
qui dévalent au fond des jambes
Heurtent
ses poumons emplis d’eau salée
Il
pleure sans larmes
Sa
lignée d’Hommes Libres
Mendiant
ébloui des violences de la Terre
Il souffle sur les ailes légères des pissenlits
Et
explore les cavernes calcaires des causses secrets
Eclaire
d’un feu de bois les froids humides et brumeux
Des
nuits sans étoiles
Des
rendez-vous glacés
Il
n’attend sa mie
Au
coin des arbres qu’il grave de son canif de nacre
Au
fond de la forêt
Il
visite les garrigues de son pas certain
Nettoie
son fusil, change la pierre du détonateur
Achève
les lapins d’un coup sec
Puis il reprend le chemin
Une
herbe au coin des lèvres
Et
emporté parle vent il pousse son cri fulgurant
Au
détour des rues rares et désertes
Des
villages dans la bruine
Battus
par les bourrasques
Marchand
de peaux de lapins…
La boîte, zoo
humain
Un
balayeur poussait distraitement de son balai un tas de boîtes de conserves
vides, dans une cage aux barreaux tordus, et litières en désordre.
Il
y avait de la paille pulvérisée partout.
Nonchalamment,
il balança un coup de pied dans la dernière boîte, une boîte de singe, qu’il
envoya d’un tir précis s’encastrer dans le tas de conserves.
Des
boîtes pareilles, tout le personnel dans le zoo s’en envoyait dans le gosier et
s’en régalait.
Un
soir de Noël, dans un triste zoo, le gardien, épris de bonté et de facilité,
jeta une boîte de conserve pleine dans la cage d’un couple uni de chimpanzés.
Ou bonobos.
Les
heureux « parents » intrigués de la présence de ce nouveau
« bébé », ne savaient comment ni quoi faire de ce nouveau venu, ne
savaient pas non plus ce qu’il y avait à l’intérieur.
Quand
le couple eu réussi à ouvrir la dite boîte à grand renfort de oups de poings,
de pieds, de jets de pierres et de coups de cailloux, après avoir eu apprécié
l’usage de l’ouvre-boîte (il en traînait toujours un dans la cage), ce n’était
pas exactement ce qu’ils souhaitaient, ni attendaient.
Ils
jetèrent contenu aux ordures, hurlèrent tout ce qu’ils purent, ils accusèrent.
Ils auraient peut-être préféré une boîte de saucisses.
Ils
firent appel à l’aide de leur gardien, qui ne pu pallier au manque de satisfaction
ni d’affection du couple envers ce nouvel objet, ni leur trouver une autre
boîte. Et un autre ouvre-boîte.
D’un
côté comme de l’autre, ils ne pensaient qu’à bourrer l’objet de coups de pieds,
lui ficher dedans pour faire un carton, à chacun des retours de cuisine du
gardien, qui la leur reprenait pour la leur remplir, il ne la leur changeait
que bien dégoutante.
Les
chimpanzés la secouaient un rien, dès qu’ils avaient un peu faim, savaient que
quelque chose en sortait inévitablement à chaque coup, parfois, ce qu’ils y
mettaient, elle leur servait immanquablement de vide-poches, parfois, ils
passaient des quarts d’heures à décoller ce qui était resté collé au fond et
remontait à chaque tape.
Ils
boudèrent, une fois la boîte de conserve décidément vide, crièrent après, la
secouèrent, pour vérifier s’il n’y restait quelque chose.
Ils
lui crièrent encore après avec acharnement.
Le
dresseur alors la leur reprit, leur dit : Alors, elle ne vous plait pas,
cette boîte ?
Il
la ramena aux cuisines, la remplit en huit minutes avec une autre pâtée, y
ajouta quelques pilules, la leur remit au bout d’un certain temps, et attendit.
L’on ne revit plus les singes.
La
boîte, c’était Elle.
Une
boîte de Singe.
Des gens en
silence, troglodytes
Des
gens endormis, en silence, regardent défiler leurs rêves, les yeux humides de
tant de joie, yeux qui roulent dans les orbites, telles planètes serties et
mobiles, qui suivent à ciel ouvert leur révolution dans leur monde.
Feu
qui porte la flamme.
Au
creux des maisons, de terre rouge, contre le chien qui sommeille, les feux
mourants dans les cheminées lèchent doucement les briques brûlantes,
s’évaporent en buées blanches autour des lessives, imprègnent chaque pas,
chaque horloge, chaque pouce d’existence.
Carlines
fixées aux portes, refermées sur un univers clos, goûters d’ailleurs pris sur
un coin de table, tartines de confitures aux fruits rouges, grands bols de café
au lait, goûters sauvages de baies sucrées, mûres myrtilles et arbouses,
cueillies à même les arbres, les ronces.
Les
chats descendus des tuiles au réveil de la torpeur matinale, hument les grandes
bassines où frémissent depuis la veille les confitures, magma essentiel, de
pastèques jaunes et translucides, abricots et guignes, figues superbes entières
déposées au fond des pots, entre les coulées liquides de sirops translucides et
mielleux, légèrement citronnés.
Les
abeilles, les guêpes de l’été cherchent encore le goût du sucre, tournent
autour des bassines vidées.
Sous
les édredons de plume, à l’orée de septembre, les petits font la sieste, le
pouce rivé dans la bouche, remuent faiblement, siestes pleines de songes amis,
cuivrés, aimés, qui traînent jusques dans les soirées, tard, après que les
rideaux à rayures rouges bleues et vertes auront été relevés
Les
lèvres encore humides du petit lait de la dernière tétée, ils rêvent qu’ils
tètent, ils respirent.
Le
chien sort pour pisser un coup, tiré de sa paix profonde par quelque aboiement,
passe un coup de langue aux fesses du chat, trotte innocemment quelques mètres,
lève un regard amoureux au ciel sans lune, jappe à ce bleu sourd et rentre
déçu.
Dimanches endormis…
Un enfant à
naître, lettre à un dieu
Je me laisse porter et pénétrer par la pluie
J’ai
peur que la foudre ne m’emporte
Attend
qu’elle vienne me frapper de ses palpes aigues
Monstre
presque sacré qui me cherche sous les branches des arbres
Je
regarde l’alliance en or des passants
Qui
les protège contre ce mal
Et reprends ma route, ma lente marche contre le vent
fou
Les
portes qui claquent, les fenêtres librement laissées béantes aux rafales
Les
pas me guident vers un refuge que je ne connais pas
Peut-être
un inconnu, peut-être le hasard
Je
poursuis ma course, parmi les cris des enfants surpris par l’orage
Et
les cris de jeunes femmes qui s’amusent de leur peur
La
foudre m’attend, elle aussi. Eclate comme la guerre au dessus de ma tête, près
de mes épaules voutées sous les trombes, ses fines ramifications brûlent
quelques mèches de mes cheveux plaqués contre mon visage, pendant le long du
cou, ruisselant dans le revers de mon pull-over.
Elle
suit, attirée par le mouvement de la marche, par l’appel d’air de mon avancée,
telle animal rodeur et furtif, un Dieu Maître la rappelle à l’ordre, laisse la
passer, dit-il…
Qui
m’épie et me juge, questionne ma journée, sphinx éternel, pour décider de ma
vie et du droit de jeunesse, de passage, qui l’accompagne, s’éloigne.
Au
juge qui sonde ma bonté et mon droit de vivre, à celui qui décide si je dois
mourir ou d’un seul coup, des rayons bleus qui foudroient,
A
celui qui veut que je tombe net sur place, Dieu à gages et lois qui juge si le
moment est bon pour moi de quitter la Terre brutalement sans avoir le droit d‘y
être préparée, sans anesthésie, qui a le droit de me voir disparaître de sa
main subitement et de l’ordonner, et le droit de tuer sans que je me voie
décéder, sans que j‘aie eu le temps de rendre l’habitude de me dire :
Demain, je serai morte…
A
ce Dieu, je demande qu’il s’éloigne, Dieu puissant, va-t-en, Mort rodeuse…
Ne
touche plus à cet enfant que tu commençais à lécher,
Que
je couve peut-être et nourris du lait de mes efforts, du fruit du labeur et des
étincelles de ma sérénité,
Va,
et ne reviens pas, ne reviens jamais.
Toi,
Orage, Chien galeux et Dieu mortel, je ne t-en prie, épargne-le, épargne moi,
sauve-nous, sauve-le, cet enfant qui ne naîtra certainement jamais.
La paix m’envahit de ne point t’entendre. Va.
Revenue
sous mon toit, dégoulinante d’eau à pleins seaux, et de senteurs mouillées,
sentant la pluie, les feuilles mortes détrempées, el goudron détrempé ramenant
d’un geste rapide mes cheveux lessivés, je m’ébroue, enlève de mes épaules
rouillées l’imperméable devenu lourd, regarde tomber cette eau du ciel,
pesante, derrière la vitre de la grande baie.
Ris
tout bas d’avoir échappé à la fin.
D’être
là encore, et de la traîtrise que j’ai eu, d’avoir déjoué les pièges de
l’orage, de la déesse de la Pluie et du Ciel qui foudroie, amadoué.
L’enfant
n’est pas.
Ne
sera. Errata.
Si
j’ai défié les lois éternelles, Déesse de la fécondité,
C’est
que tu m’as joué un tour, et une fois de plus.
Je
ne te le pardonne pas.
Je
ne te le pardonnerai jamais plus.
Et
tu m’emporteras dans ton apocalypse avec mon mystère.
Après
le Dernier des Jugements, de tes Hommes.
L’enfant
s’est blessé à se laisser séduire par ton éblouissante clarté, il a voulu
suivre le chemin que tu empruntes pour atteindre la Terre, et remontant vers ce
ciel, il a quitté mon esprit, s’est évanoui dans la douleur, le ciel a éclaté
dans mon ventre, le soleil fulgurant de ses joues a frôlé ma paix,
Adieu
à jamais.
Né
dans un éclair de fin du Monde, tu n’existeras pas sinon dans mon âme, et
roderas toi aussi, à ma recherche, pour me trouver un jour si vit en toi
l’étoile qui te protégeait, sinon, tu me trouveras éteinte. Sans étreinte.
Ce
jour là, tu auras défié les pouvoirs sacrés qui règnent sur le Monde, et sur
mon ventre, tu chasseras la main qui éteignait mes promesses, celles fécondes,
de l’amant disparu. Mais, ce sera trop tard
Tes
visages dans mes mains dorment au fond de mon sein, sans nom ni Père, tu
protèges ce jour de ma jeunesse dans la
foudre. Tu as péri toi aussi.
Prince
seul et unique.
Malgré
toutes les luttes de ce monde, hélas, tu ne vivras.
Un ciel de
sang pour lui
Elle leva un regard vers le ciel et dit : Mon Dieu,
il va pleuvoir.
Elle
défit la laisse du chien, et le laissa filer, puis le siffla.
Au
lieu même des rendez-vous amoureux, elle flânait, le cœur épris, rasant le
muret de pierres sèches de sa robe offerte ; doucement pleurait, faible
sur ses pieds, elle vacillait.
Les
larmes goutte à goutte tombaient sur ses souliers vernis.
Puis
la rancœur la prenant, elle plaidait : j’ai eu faim, de lui, comme un
leurre aigu qui vous suit, impérissable, que rien ne peut remplacer.
Elle
marchait vers la plaine, où les arbres se noient dans l’eau, dignes peupliers
centenaires aux feuilles larges, aussi grandes que la main.
Plaine
où les talus des fossés croulant sous les herbes grasses, les scolopendres
penchées en franges épaisses par-dessus els ruisseaux aux eaux noires. Près du moulin, délaissé depuis
des années, mais toujours là.
Alertés
par les cris, les gens des jardinets voisins accouraient, dégageaient l’arbre
de la route, qui était tombé dans un éclair, le tronc fracassé ; il était
tombé d’un coup, éparpillant se branches molles.
Dans
un coin du jardin soigné, quelques pastèques mûrissaient, fermes et jaunes, ou
émeraude, veinées de couleur plus claire, marbrées de vie. Melons d’été, melons
d’eau, juin fou qui revenait, retenait l’existence.
Des
grillons grésillaient sous les pierres plates, entre les cailloux de quartz et
les herbes desséchées. Elle les poursuivait d’une brindille, s’amusait les voir
fuir, s’enivrait de leur chant, de leur peur, chant lancinant jusques au soir,
lorsque les attentes amoureuses s’effilochent sur un flirt, dans les affres de
l’impatience, les mains sous la chemise ; les torses enlacés s’envolaient
d’une chamade unique, torride, terrible.
Les
voiles de toile écrue à rayures jaunes et vertes aux fenêtres se soulevaient,
enflés des courants d’air frais. Les sauterelles bruissaient, le soleil
étourdissait les sens. Les femmes au lit gémissaient, une odeur fade de sang
frais parfois montait aux narines, le plaisir et la douleur de la naissance
confondus.
Rappel
des vieilles décennies, le sang coulait, fier et fou du ressac, du réseau fin,
serré, qu’il habite.
Les
dernières pêches se saturaient de sève dans le miel des arbres, rappel que le
temps est passé, que la saison commence et se termine, temps sans heure ponctué
des douleurs et de l’odeur douceâtre des sangs, au zénith de l’âge, arrêté pour
quelques secondes.
Les
hommes, le soir, revenaient la bêche sur l’épaule, la casquette en arrière,
éblouis des repas de midi sous l’ombre des figuiers, émus et languides des
trilles des rossignols, transis encore
de l’eau des puits, chavirés de savoir leurs femmes revenues du marché, le
ventre net et plat, trempé dans de l’acier.
Les
femmes, rentrées depuis longtemps, les hélaient pour le dîner, les hommes
remontaient la rue qui mène à la place, en horde, ciraient encore, leur clameur
qui pétrifiait les jeunes filles s’évanouissant dans leur chambre.
Eté maudit, des garçons mourraient en silence au cœur
des bocages, l’arme au bras.
Les
femmes sentaient le sang, retenaient leur respiration, pleuraient, éteignaient
les bougies, les chandelles, mettaient du papier journal aux fenêtres, la
guerre avait commencé. La plaine entière frémissait.
Eté
fou, fol amour à jamais saisi des froideurs de l’absence, à jamais enfermé dans
le monde clos de l’attente, des siestes amères, à jamais perdues.
Quiet amour sur lequel se referment les pans croisés
des cache-cœur.
Peupliers jaunâtres, qui frissonnent en silence,
halètent au gr du petit vent mol ; terre infinie…
Hémorragie de chair esclave.
Une âme
sereine
Il
vit comme un cheval au galop lancé dans sa course.
Une
foule qui murmure, un ciel qui s’ouvre sur lamer et la vie des âmes, un océan
rouge dans un ventre, une peau brune qui rougit et blêmit en silence. Le centre
de l’univers posé sur un coin de terre, une chair que rien ne rive à la vie.
Et
son existence, fragile come une île qui flotte au dessus du temps, et qui ivre
de pluie, de rêve, s’éloigne doucement vers une ouverture de ciel, de l’autre
côté de la terre.
Et
à nouveau le printemps fleurit sur les joues des malheureuses et à nouveau les
amants s’embrassent, les rêves pastels de matelots noyés s’évaporent dans les
eaux tourmentées d’une mer de glace.
Tranquille,
hiver sous la neige, le front embué des vapeurs de son âge, il marche autour de
la planète, esthète que rien n’arrête plus, que rien ne défigure, balance son
visage vers des maisons de pierre ; le vent ride les sable des dunes, joue
avec le ruban bleu d’eau de larmes des jeunes hommes qui réunis le soir
enfantent le monde.
Jamais
le sang des homme, fou, n’aura eu plus peur que ce dimanche, où l’honneur
grandissant des continents se diluait dans les couleurs des palettes, celles
des terrasses de café où somnolaient les peintres d’ordinaire, gris du petit
vin blanc, des verres d’absinthe, calmes autant qu’orage qui sourd, gronde
calmement et attend la nuit.
Ivres
de sens et butés plus que des ânes, âmes volages et volontiers burlesques, les
jeunes hommes rentrent le soir éméchés, saouls de tendresse commune, prévenus
de ne manquer de rien.
Sous
la contrainte des plaidoyers, lutteurs de foire des amoureuses, il va, au loin,
tremble dans le froid et le givre, rentre sous la pluie et les bourrasques,
revit près du feu de bois les folies des dames et les drames des hommes, les
soirées passées à étreindre et étrenner un nouveau bijou, entre les cuisses des
voleuses.
Pleure
de joie à l’idée de retrouver sa belle, se refait une santé de la charité de
quelques vieilles dames, dans le couvert mis sur la table, il mange, dans la
paix des masures, le plat de fayots ou de fèves qu’une grand-mère aimante aura
laissé pour lui.
Le
mendiant aura toujours raison.
Sans
feu ni loi.
Leurre ami,
muse tranquille
Quand
la faim de te revoir me brûle le ventre,
Et
que j’écris mes souvenirs sur les notes d’un amour défunt,
J’imagine
ta flamme superbe,
Et
vis sous le regard de tes envies indifférentes,
L’ébriété
d’un alcool impalpable.
J’ai
salué les tiens et pris ta main dans les
miennes,
J’ai
pleuré d’outre-tombe le départ qui a tué mon innocence,
Mes
espoirs, ma liberté et qui habite mes insomnies
D’un
ennui irréparable.
Je
te veux muet si jamais une seule fois, le jour de tes yeux sous ta mèche de
cheveux blonds, me guettent au détour d’une rue, si tu furètes dans tes pensées
autour de ma chambre, à la recherche de quelque chimère, et inquiète, je
surgirai, emportée d’un élan invisible, pour embrasser cette bouche qui me
juge, gouter ce parfum d’inconnu.
Je
devine que ta peine aura été de courte durée si peine un tant soi peu il y eu,
qu’évalué le prodige d’une conquête, ma trace restera irréelle, évanouie dans
le sillon d’écume d’une séparation, irréversible.
Douloureuse, certes, mais au combien chaste, hideuse.
Imbibée
du vin du devoir et de l’abstinence, de l’étourdissement céleste volé à une
armée de hors la loi, dans une envolée d’espoir, je traîne, sirène qui se noie
dans sa nudité perplexe, que personne ne peut voir.
J’écris
en paix quelques mots en filigrane, sur le verseau de mes contes, où je
t’oublie.
A jamais.
Plus
que tout, ni même pour un adieu, je ne donnerai mon corps à une âme, ni ne
livrerai ma sève avec autant de force, à cette puissance d’écriture si vivace,
dans la pulpe des siestes, dans le venin des rancœurs, pour toujours leurrée
d’une absence.
Vide.
Lueurs
Années
bleues
Lueur bleue
Dans
cette ville où la vie lutte contre le sommeil, où la terre tremble d’un mot,
J’allonge
mes phrases sur le papier
Et
lutte encore contre la nuit
Ma
tête dodeline penchée sur le papier,
Je
souris sans m’en rendre compte
Les
fleuves nourris des souffles de la mer,
Les
feux de joie qui embaument la chambre
Les
mots doux couverts que je brûle en moi pour l’être cher
Les
strophes sans limites que j’ai jetées sur les pages et carnets s’envolent en
nuées,
S’alignent
tels ceps de vignes et arbres dans un champ d’épines suaves.
Laissent
dans la bouche un goût amer, sucré.
Je
travaille sans y penser, sans penser à ma chair seule et solide,
Sans
relâche, sans une tendresse superflue ;
Et
remâche sans cœur au cœur du drame
Les
longs pleurs, les larmes que je verse sans penser à rien.
Doucement
la nuit s’en va.
Je
relève, le jour déjà se montre au coin de la baie vitrée ;
A
la pointe du jour, à la pointe du petit matin, je me tais,
Je
me fais chauffer un café,
M’intoxique
de sa saveur maligne
Et
tombe inerte assoupie sur le lit.
Une longue journée se prépare
Je
dédicace mes longues heures de sommeil à la lune
Qui
s’évapore encore et me touche de loin de sa plume
Son
rayon calme ravit mes nuits au silence,
La
torpeur de sa lumière vaporeuse, pulpeuse m’éveille d’un songe lourd
Et
me prend au jeu de dormir, joue dans mes cheveux.
Vient
telle la venue d’une mère calmer son mal intérieur,
Seule
et véritable mère.
Tout
le jour, j’irai en rêvant à ce moment futile,
Où
je lisais, comme par-dessus mon épaule,
Les
textes des secrets que je mets en page.
J’écoute
la lueur blême des nuances,
Et
clôture l’univers bleu du poème d’un point
Final.
Je travaille sans y penser, plutôt que m’abandonner
Au
délice des affres, à la plénitude de l’ardeur,
Je
sens les heures s’égrener sous ma plume,
Et
relie patiemment les dernières amours qui ont fui
Les
révolutions de la souffrance.
Dans
la chair pâle du matin, en attendant que s’éveillent les autres,
Je
palis de fatigue, cherche encore quelques bribes
Polies
quelque poème qui n’en finit pas,
Trempe
dans le café ma plume fatiguée,
Et
me nourris de mots, de quelques miettes de cake aux fruits confits,
Cherche
le réveil enfin,
Pour
que meure cette nuit interminable,
Immortelle.
Déesses
arides
Toi
Toi ?
Père de mes soucis
Toi !
Voleur de mes rêves d’enfant
Toi…
chef de ta horde, sauvage et dur
Et moi.
Toi - dieu d’un Parthénon invisible
Toi
– cithare des Déesses arides
Toi
immuable, et moi, si terrestre que tu n’arrives à me cerner toute entière,
globe immobile, inaccessible, changeant.
Toi.
Et
moi.
Si belle fuite ne méritait que l’oubli.
Tant,
autant de promesses si vives pour un éphèbe qui s’ennuie, j’aurais rêvé une fin
plus suprême.
Toi,
si léger qu’une plume ne saurait te perdre.
Toi,
et moi, si vile chair qu’aucun ne pourrait choisir,
Toi,
et mon reflet dans le miroir, d’une fenêtre ouverte, sur un jardin indélébile.
Impérissable.
Toi.
Pour plus rien au monde.
Les ratons,
et les semeuses de la ville
Ils
arrivent, avec leur bouche pleine de zan, réglisse à quatre sous, réglisse à la
violette, résine qui s’accroche aux dents des portiers de la ville.
Ils
arrivent, avec leur grand ait farot, fat et farci de l’odeur de leurs résidus, de
ceux de leurs derniers repas, la bouche pleine de dents, leur air las de faire
tomber les colonnes de marbre de la ville, leur front en fronton de temple grec
ou païen, et la nourriture entre les gencives, qu’ils crachent en leur parlant
sur les prisonniers de leur corps, ils arrivent, les clients des médecins de ce
monde. Et les matons attenants qu’ils destinent à leurs enfants, aux enfants de
la patrie en principe.
Avec
leur bouche pleine de rangs et de soupe, ils avancent, l’abcès de fixation
triomphal, les deux ronds en poche, les poings serrés de haine secrète, ils reviennent,
les pieds dans leurs chaussures, sur leur plancher des vaches, sanglés dans
leur veste en peau de vache, ou leur blouson de footballeur, ils suffoquent de
rester à l’air libre de leurs vieux jours, viennent respirer et voler celui de leurs
esclaves, celui de leurs morts, sans dimanche de paix possible, sans dimanche
d’absence, et leurs veines pleines de sang.
Ascèse
catatonique que de les voir marcher à grands pas ou à reculons tant ils pipent
au fût et rotent gras, le ventre en avant et les jambes gourdes de vieille
bouffe et de cul, le cul serré et la veine dilatée, les bras lourds de rixes
vécues dans les fantasmes cauchemardesques de leurs nuits de revanches
hitlériennes, le buste pris dans leur chemise noire et leur art du coup de
poing par la poire, pour leur art de plaire à leurs amis et puis aux morts, et
les merdeuses mordeuses de viande, morveuses à compter les enfants dans leur
lit, vipères venimeuses dresseuses d’enfants et de fauves, qu’elles ne blessent
ni n’assassinent, enfants autant qu’autant d’ennemis à dompter qu’ils ont
envers et contre tous, enfants qu’ils domptent à les faire tomber et de haut,
derniers nés de pacotille restés niais, nourrissons paisibles qu’ils jurent
ramener à leur entendement et qu’ils meurtrissent pour d’après eux la paix
d’autrui.
Ils arrivent…
Un jour comme
cela
J’ai cassé le cendrier de terre cuite que j’avais fait
Brisé
le vase d’argile verte que j’avais patiemment confectionné
Puis
ramassé un à un les morceaux
Essuyé
les traces de cendres, enlevé chaque mégot
Balayé
les éclats d’émail qui semaient le sol
Et
diné d’une boîte de sardines, sur coin de table.
Bousculé le chat, qui se réfugiait dans la chambre
Oublié
de lui laver ses assiettes
De
changer l’eau de son bol
Lui
ai servi sa pâtée dans une assiette sale
Grincheux,
le sourcil froncé, il la dédaigne
Alla
droit se recoucher, vexé, sur son panier
Engueulé mes parents
Saisi
le téléphone et vitupéré contre ce jour maudit
Marché
sur les pantoufles de velours bleu déposées en croix sur la moquette marine,
Jonchée
de poils de chat, de menus débris.
Déambulé
parmi les meubles couverts de poussière depuis longtemps
Laissé
ouvert mon lit pendant des heures, sans jamais penser à le faire,
Contemplais
les draps repoussés, la couette pisseuse
Et
fait crever mes plantes de soif, ma misère dans son vase
Bu
dans un verre malpropre, posé là.
Puis
ai écrit, entre les cendres éparpillées sur la planche de mon bureau, noire de
crasse, entre les feuilles de papier glissant d’une pile hétéroclite de
dossiers et classeurs entassés
Avalé
sans y penser la moitié de mon café, pas assez sucré
Une
tartine de pâte de chocolat tartinée une vieille biscote qui traînait, sur le
buffet
Et
le dernier morceau de fromage de chèvre, à moitié fait
Râlé
contre cette heure fatidique où je dois tout quitter pour nettoyer du mieux
possible cette fange atroce qui suit les mauvais réveils
Humé
cette odeur lourde du miel de la nuit, qui flottait par ci par là
Marché
sur les sols sales et couverts de poussière, de papiers cellophanes et
aluminium des paquets de cigarettes que j’ouvrais sans y pendre garde
Sur
les cendres tombées là par hasard.
La
pile linge à laver, qui attend dans son sac, s’épanche sur le sol depuis le
début de la semaine.
Je considérai les vitres aux ombres accusatrices
Les
rideaux raides de nicotine et de graillon qui pendouillent misérablement des
tringles d’aluminium aux cordons noirs de crasse, coincés.
Le
freezer du réfrigérateur vide, à dégivrer
La
salle de bain, à refaire, la baignoire et ses traces de savon
Le
lavabo à détartrer, où s’accrochaient les gouttes d’eau du robinet qui gouttait
L’évier
rempli de vaisselle à laver
La
table du petit déjeuner, pleine et surchargées de vaisselle, de tasses sales,
noircie de poudre de café, de taches huileuses et de miettes de pain, ou de
pommes de terre.
Et m’en référais au fond de produit nettoyant qui me
restait
Puis
m’assis dans un coin près du téléviseur couvert de poussière collante
Et
le front bas, l’air coléreux, j’attendais le baiser sur le duvet de la tempe
aux rares cheveux
Fumais
nerveusement la moitié de son dernier paquet de cigarettes, pris mon
inspiration
Et
commençai, roide, ma journée.
L’hiver venait juste de commencer.
In satanis
alba
Elle traversa d’un trait d’ange perdu le ciel tombé sur
l’eau
Se
noya longtemps dans ce bleu chuté dans le lac
Et
tomba encore sous l’éclair qui tue
Se
relaya et repartit dans la droiture de son chemin retrouvé
Après
l’absence
Au loin des arbres fauchés par le vent et la neige
Au loin
des abîmes de la pauvreté spirituelle
Et
dessina, à ses pieds, dans la glace fondue,
Un
trait de sang qui perlait à son poignet
Puis un cercle et enfin une croix qui ne voulait rien
dire
Elle
découvrit le secret de la lumière diabolique des sens et de la fierté,
L’essence
même de tout même funeste,
Du
secret de la vie
Ne
te laisse pas abattre lui chuchotaient aux oreilles blêmes les amis revenus
Ne
te perds pas dans ton propre corps, ne le prends pas pour (le) tien
Ni
ne penses pour un bienfait, les erreurs seront lourdes à supporter, le jour où
les taons de l’église des mœurs refroidiront les chairs pâmées des belles
infidèles au discours du maître.
Ils
cheminèrent, tous ensemble, un moment, tous habités par leur visite auprès du
grabat de l’alitée, se passant de bouche en bouche, comme sucreries démentes,
le bouche à bouche des mots de l’agonie, de la fin de ce travail dernier à ne
pas disparaître ;
L’éther
de sa poursuite flirtait avec la blancheur impeccable des draps lavés, purs de
toute souillure sereine.
L’éther
de la fraternité, l’élan parasite de la vie à deux s’allumait aux alcools
brûlants des flacons de la médecine.
Elle vibra d’un dernier soupir de survie.
Se
releva, poursuivit dans ses loques la ligne de vie dernière telle qu’elle était
inscrite dans le creux de sa main.
Elle
était île déserte, lui, son palmier las de l’attendre, dense absence jamais au
rendez-vous, reviens, à jamais à
l’hypocrisie des comptes rendus et ne t’aide pas à laver le sang perdu, ne
t’attarde pas à secouer les tentations de la vie. Chant des sirènes autour de
sa tête, elle s’évanouit dans un lent sommeil sans retour ni rêves.
Liberté
absente, reviens… Résonnent les cloches de la fin.
Elle
était à la fin du voyage des affres interminables, des silences, quel sera son
ami, quelle lumière, trouble, trouver à l’orée de ce tunnel sans limites…
Elle
repartit à sa recherche, dans la quête du silence fatal et vrai, vrillent des
mots tus, de la chaleur à boire les soirs d’hiver, de l’espoir ultime, celui de
l’espèce humaine.
Elle
leva au ciel ses yeux fatigués de promesses hâtives, de reconnaissance amère
envers l’injustice, celle aussi du décès, fouillant dans le ciel l’image d’une
étoile qui lui aurait plu, et qui ne venait pas, originelle de l’absence qui
défiait son destin, à laquelle elle n’avait jamais cru.
In virtus satanem fecis
Ami, Cher ami,
Le sable amollissait les formes aigües des pierres
fines
Les
dalles lézardées des chemins qui mènent aux mines, des dalles lézardées
centenaires vrillées de veines bleutées, où poussent les mousses velues durant
les moussons d’automne, passés les anciens déluges.
Il
n’était que personne, il n’était pas semblable à tous es chrétiens, ni au monde
conventionnel des terriens, aux autres hommes en général.
Il était de retour sur la ville.
Et
ce n’était que le devoir de rester serein sous le soleil de la planète, un
œillet pris entre deux pages de livre, se desséchait minablement ; pages
d’un annuaire trouvé aux ordures municipales.
Ce
n‘était que le sable de l’enfer, qui expurgeait toutes les fautes des humains,
il souffrait en silence cette mort des sens, des sons, quand il, lui, le sable,
recouvre le sens des origines, et qu’est devenu blanc l’amoncellement d’os,
qu’est vécue immortellement la vie, la mort aussi.
Dans
un mirage qui équivaut à la pluie.
Des
villes que dévastaient les orages.
Quand
les arbres avancent inexorablement, ignorants de la mort qui les attend au bout
de leur vie végétale, quand le sable avance sans qu’aucune main humaine n’ait à
limiter les désastres, ni endigue des débordements irrépressibles de fœhns et
de sables en retombées de boues rouges.
Inexorablement
aussi s’épanche la nuit dans les fins de jour funestes.
Et
s’évapore des villes le temps de vivre ou les structures étagées des bocages,
s’inclinent dans ce paysage au couteau des quartiers déterminés, des
limitations aux débordements de la nature, tant abondante est la verdure.
Des
piquets électriques qui contre les arbres imbibaient leur présence des sels des
citées, tombaient parfois sous les crimes d’une ligne à haute tension, l’arbre
calciné lors des coups de foudre, que cela soit du boulanger, du bulldozer ou
du peintre en bâtiment, l’effet était le même.
Maisons
diaboliques qu’étaient les quartiers et propriétés protégées, s’amoncelant en
deçà du territoire municipal, les places étant chères dans ce pays.
Et
que sombre l’arche de leur jour de naissance, parasites de la nature et des
biens, des hommes, prisonniers minables des immeubles attenants, les piquets
téléphoniques remplaçaient les arbres et l’esprit du bien, le mari auprès de la
femme prête parfois à accoucher, à mettre un enfant au monde malgré les
mendiants aux escarcelles vides, qui fréquentaient leur idée.
Peur
blanche des dimanches ou sonne le tocsin, qui gélifie les réveils au gout de
sucre, maquent les jours et ponctuent les jeunes, les heures, les minutes qui
s’écoulent sous l’affirmation des quarts d’heures, de la nuit jusqu’à la fin,
les longs coups de cloches.
Des verres de vin habituels.
Quand
pesait l’ombre d’une famille, les sages se réunissaient autour du figuier de la
place, collé à la fontaine municipale, devisaient le noir ou la pourpre, la
mutinerie ou le néant absolu du sang versé.
Querelles
d’agriculteurs qui rêvent tard la nuit d’hausser le son, et que la torture de
la faim au ventre assoupissait avant les départs en fourgonnettes, quitte à se
laisser raccompagner dans leurs camps retranchés.
Demi-sons dans la caisse de résonnance des places vides
de villages.
Dans
une poignée de sel s’envolait la furie des queues d’attente, files
interminables des victimes de pénuries.
L’âme
intruse à la trahison dans l’âme des pulsions sauvages, au fond des cœurs,
étoile des larmes perdues dans le fin-fond de l’ignorance.
Image
unie ternie à l’usage, ma vie et ton amour en suspend, dans une poignée serrée
de sables désertiques, un regard posé entre le monde, une terre et ses
complices.
L’âme
intérieure souillée à jamais du grand deuil national, plus les ploiements
d’échine ne devaient que satisfaire, plus la rébellion semait la honte de la
guerre, le retour de houle, puis le retour au boulot.
Pulsations
cardiaques et viscérales qui sauvages étaient plus fortes que le désir et la
mort, que le désir de mort, la mort, quand la nuit elle guette, l’isolé, le
reclus, l’incarcération faisant rage que nul ne veut imaginer, parce qu’il
l’inflige à autrui, quand tous devraient définir le devoir de cet avenir sur
les mêmes rails que les traditions humaines que la France exige, et quand elle
les définit sur les rails des traditions fustigatrices, arriérées, de tout un
monde qui l’exige.
La France a survécu, la mort dans l’âme.
Dans
l’idée intérieure, des pulsions aussi parasites que l’œil du tigre, au fond du
cœur, bat le tamtam de guerre.
La
nuit, était la nuit proche, où celle qui
lit dans la nuit et dans l’eau des puits, guette le mal, trahie.
Je
testais le poison déposé dans mon verre
d ‘eau, ne sachant que faire, ni vivre ni mourir.
Je
testais aussi les poisons des tentures, l’étouffement des respirations,
saccagées de propos tenaces et irrités, où l’antre de la vie aspire l’air
jusqu’au coma presque et la mort apparente pour qui s’y oublie, victimes
chéries des pertes de vocabulaires, des chutes de tensions variables, dans les
débats télévisés. Hyperventilation.
Je
poussais le refrain des chansons de mai, des airs à la mode délégués des muets
sous la torture, qui penseraient bien à la place de leur représentant, mais
n’osent plus penser, criblés, de dettes aussi à ne point pouvoir conserver ni
garder le droit à la parole. Ils en étaient les gardiens.
Un pas
sur le sol et la pierre, à des dimensions fuyantes, la mort léchant les
dernières terres, la mort à ses dernières heures prochaines n’étant pas tout à
fait accordée mais infligée tout de même, je sentais les barkhanes au loin,
dans le désert de sable et de cristaux, je sentais s’envoler la dernière pierre
et la suée des hommes morts qui croyaient que rien ne s’était passé sur terre ni
n’était pressé sauf leur Dieu, que le passé était toujours absent, un caillou
absent sur le chemin, qui avait tant fait verser de sang, ou trop présent pour
les sacrifices sur la croix d’honneur ; tu feras honte au mâle.
Refrain
du délégué syndiqué qui repeint la girafe pour qu’on la différencie des
moutons, ou des lions de la brousse, la brousse est à deux pas, de l’asile. Il suffit d’un voyage en train,
en trait de pierre pour connaître l’exil, la peur du vide que domine la faune
d’Afrique ou de pays insolites, il en existe encore, tant les nouvelles
qu’envoie l’homme quand il s’ennuie sont celles de l’Homme d’Occident, elles
semblent l’apaiser. Tant les nouvelles qu’il perçoit de l’Afrique semblent le
calmer, de sa frénésie. Et il oublie.
Et
rien, aucune écriture ne semblait précisément le calmer, l’apaiser, de sa présence
ni de sa présidence, j’étais à deux pas du désert sans larmes, sans armes, du
désert pur, tout court, arme à la main ou pas, celui qui s’y perd y meurt.
Ils
l’auront élu président.
Et
mon écriture invisible, illisible au point de créer des ennuis au niveau de la
vue et même des zones de la vision, avec le SAMU aussi, n’intéressait que les
allées et venues de ces dits SAMU, capables de vous faire tomber sous la foudre
de leurs réflexions satyriques ou mystiques sans génuflexions au moins,
résolument engagées.
Je
sentais le coup de sang venir, la lymphe s’amonceler en épanchement, je
devisais tranquillement, ils m’auront réopérée, quand ils l’ont élu président.
Mon
cahier des charges s’alourdissait mort parmi les sables de la pièce, écuries
d’Augias invisibles de la ville, des chevaux d’hypothétiques princes charmants.
Le
sable m’interdisait tout son que le vent balayait, effaçant les pistes de
l’autre, tu revivais encore, le temps d’apprécier le temps et l’existence de la
vie quand elle réclame à paraître.
A
faire de moi une perle de culture.
Femme
libérée pour bonne conduite.
Ou
à peu près. Ou sous bonne conduite. Et à peu près conduite. Peu introduite.
La
symphonie des typhons surnaturels insensés de la foule effaçait toute trace de
stoïcisme humain.
Il
n’était pas sous les verrous, et pourtant il partait du principe de vivre, sur
des désirs fulminants de haine, le désir au ventre de rentrer dans le lard, oh
pardon chez lui, le hantait, le poursuivait dans ses avancées au fond du
désert, d’où il prêchait, la tête emplie des nuits et des bruit des bêtes
sauvages, de la pluie d’eau, de soleil, et de vent. Désert faux paradis où il
mourait, de faim, de soif et aussi de manque d’eau.
Refrain
sans cesse lancinant du vent, des tambours de guerre, des présences inquiétantes
d’individus armés, de présences qui jamais ne se manifestaient, noir profond et
jaloux d’une caste inconnue, la négritude ne possède pas de nom, négritude
civilisée armée demain de maître, armes et flèches en évidence, ils
n’attendaient que l’ordre de tuer pour charger, chefs de tribus.
L’âme
inscrite sur tous les rochers de la venue d’un blanc, ils repartaient, célébrer
leur victoire, au bout du monde sans détresse.
Le
superficiel profond du surnaturel, insupportable, l’emportait sur la dérision,
la lourdeur de la situation, dans les propos malsains, trahissait la fatigue et
la crainte de tomber dans les mauvaises mœurs, tant la viande humaine manquait,
l’anthropophagie venue d’Occident évidente entre l’homme et la femme était
distinguable des propos anodins.
Corps humain
La
question à la femme en écharpe, qui tremblait au moindre bruit, l’emportait sur
le surnaturel de la situation.
Les
orages de sable m’interdisaient tout appel au secours, balayaient les dernières
pistes qui pouvaient assurer mon retour, point sans limite que mon futur, sans
aucune marque qui puisse me servir de repère.
Le surnaturel l’emportait sur le ciel sans nuages, j’osais le répéter…
Giflait
ma haine le devoir de rester tendre malgré la dureté des conditions, la
question était de sortir de ce labyrinthe de choix, lui ou pas Lui, comment
éveiller cette présence qui affinait les
affinités…
La
question même de temps devint une charpie, papiers froissés dans la poubelle du
bureau, papiers déchiquetés par le souffle de la bombe, lettre insolente gardée
fermée pliée en quatre dans les archives, en souvenir de lui, d’outre-tombe,
allez savoir.
Et
tout ce sable que j’alignais sur mes pas, que j’ai avalé, croyant me noyer une
bonne fois, me pèle le ventre, et je m’irrite de ce sens qui me renvoie à mes
propres erreurs, invente la douleur que l’on doit atténuer quand elle peut
devenir mortelle.
Le
métal froid que le prêtre en onction coince entre mes dents, lorsque ma pensée
dévie des caractères imposés, au retour, me cloue dans une flemme omasse, que
jamais je ne peux définir, défiée d’un contact tenace, déboutée de cette force
animale qui me joue des tours.
Jusqu’au
jour.
Les
arbres avançaient, survivaient dans le ciel, l’âme intruse de
tes pensées survivait, de tes pensées sauvages au fond du cœur empli de
patience, je rêvais d’une corde de chanvre qui me sauverait de cette prison, la
poitrine éclatée de chamade, je tentais de fuir, prisonnière de ce charme qui
me tenait cloître.
La
question était évidente de la claque, de la chape de plomb qui maintenait
chaque homme sur terre dans un espace limité, claquant les hommes et les dents,
faisant trembler à chaque menace, d’une peur aussi immense qu’un pays empoigné,
autant que chacun, mais je manifestais envers ces ennemis la haine, la peur et
l’exclusion de mes principes, j’intégrais à une envie de rester, ne serait-ce
que pour ne point céder, surtout à la couardise d’ignorer le repentir de ces
âmes quand prise en otage de l’amour, sous les traits de fantaisie que les fiançailles rompues avortent, elles avaient
frappé, dur et fort, fiançailles où se chérissait un enfant, à venir.
Il
est des ennemis de l’esprit autant que des ennemis de la chair.
Souvent,
ce sont les mêmes.
Et
je tenais serré contre moi le chèque de mon père, seul souvenir innocent qui me
restait de lui, de ce père qui offre et joue les sacrifices, oui, peut-être….
Peut-être que non, peut-être…
Il
partait de chez moi en se récitant des vers de poésie, et résistait à une lutte
contre le vent, qui m’avait déjà plaquée contre le grillage de la résidence
voisine, je rentrais chez moi, quand cet ouragan m’interdisait toute marche
vers mon asile de paix, mon havre, ce logement tant désiré qui m’avait tant
nuit, ma chambre et mon appartement feutré, cloître d’amour cloitré aux sueurs,
aux envies des autres.
Dents
jaunâtres que l’âge me réserve, je devinais, dans ma solitude, il me faudrait
retourner au sens des réalités, partir delà, cela ne pourrait durer
éternellement d’écorcher ce corps pour lettre morte, pour plaire à l’esprit
cher d’autrui, sans complexes mais avec tares et dégénérescences ataviques,
sans compter les complications si les refus de ma part étaient trop fréquents,
ou trop évidents.
Le
métal froid habité des humeurs de ses usagers, brillant comme autant de
cristaux de sable, frémissait sous la force expurgée, ils étaient capables de
tordre les cuillers, ces courants, de cette épreuve qui exige le mal, le soin.
Je
me tordais dans les bras de cet époux invisible qui vit au fond de moi, dans
mes creux, homme que jamais aucune femme n’aura trouvé, ou bien, cela se tait.
J’étais
comme un fou de poursuivre cette lente marche qui me menait au tombeau, sans
pleurs ni conscience d’être mort décédé,
sans sexe, ni âge, un Homme, un humain, le terme est à peu prêt un symbole,
désuet, les mourants encore insensibles du mal profond des âmes tranquilles.
Clouée
vive au poteau de la terreur maladive, de la femme libérée, ma maladie insensée
sans peur véritable qui fait que l’on chavire et peut disparaître, je poursuivais sous le
soleil pour que ne parvienne la nudité totale, à revenir sans, une bonne fois
pour toutes, m’endormir.
Le chat de
porcelaine
Sous
l’aile de l’ironie, je cachais mes dernières sensations, mes derniers
sentiments, envers le profond des Hommes.
Ma
procuration.
Et
escale volée aux dieux des tabous de ce siècle, mon regard ivre de tendresse
plongeait dans le lac des abysses, dans le bleu abîme des sens. Dans le rouge
douloureux de l’humanité.
Sens
giratoire, sens interdit, sens unique des conversations, sens de l’obligation,
et le sentiment adultère de l’échappatoire.
Il
était tard, les noceurs revenaient en grappes de cinq, frappées du sceau des
réveillons manqués, avec dans la tête le son des carillons, les mousses âcres
des coupes de champagne, celles des sous-bois piétinés, les bulles de beauté
des femmes du soir.
A l’abri
de mon silence, je matais l’image sage des nuits de fête, ressentais l’aile
volage des princesses d’une nuit, et contemplais du haut de mon étage, les
bruits de la dernière heure, celle des fêtards heureux de tant de beau de bleu
et de bonté, dans le noir profond d’une heure tardive.
Moi, le chat de porcelaine, laissé dans la
bibliothèque, sur mon étagère close, brisée au petit matin d’une main
maladroite.
Les brisures vite balayées d’un mouvement rapide, la
fête reprit.
Il
était trop tard pour éprouver de jalousie, le petit jour pointait, et l’éclat
des verres à liqueur à moitié vides sur les tables éclairait les pièces vides
de convives éméchées. Desséchés dans quelque coin de chambre, de tant de soif.
Et
le chat de porcelaine vivait encore, au fond de la poubelle, entre les bouchons
de champagne et les reliefs de repas, les coquilles vides d’huitres sucées de
lèvres avides.
Ce n’était que le soir du Nouvel An…
Pensées
anonymes
Le mal, nudité mentale, qui gêne l’auditeur de la
plainte.
L’écriture habille de son filtre protecteur cette
nudité indécente du mal profond de chacun.
Ce
n’est pas un langage codé, ni employé au quotidien, trépanation, électrochocs,
séismographies, séismo-convulso-thérapies, sangles, ce sont les mots durs qui
se taisent, dont tous ont peur sauf ceux qui les infligent, une peur relative à
chaque niveau de conscience.
Un
monde où le mensonge est un rempart contre la crise du malade qui réalise, se
réalise dans une mascarade sans fin, un monde impitoyable où l’ascèse des
termes convient au mensonge par omission qui voile l’indécence de la
révélation. Le cru de la vérité qui s’infiltre dans souvenir, et confectionne
un passé nauséeux, que l’on rêve fictif.
Un
monde où le désespoir et la détresse n’ont aucune image, ni visage apparent.
Un
monde parallèle du non-dit qui n’est que l’aveu qui si il existait, me
détruirait.
Ce
n’est qu’un langage qui se motive sur l’absence de discourt, échappe aux règles
du commun, lance sur des rails de l’inspiration les langues intimes de l’être
malade.
Ici,
l’écriture, peut poursuivre ce dit délire intérieur qui habite chaque âme seule
dans un univers de mal entendants, où de répliques elliptiques. L’on imagine un
interlocuteur au flot de paroles ou à la phrase lacunaire qui manquerait
évitera de parler de la vérité. L’incommunicable du spontané retravaillé pour
qu’il sorte polissé de travail humide de larmes intérieures, une buée de
soupirs qui ne parlent que de l’indicible. De la réalité, autre nom de la
vérité.
Ici,
dans le contexte apparent, l’on ne vise pas la cible, on l’évite, c’est là que
l’art précède la pensée. La beauté a des mots, elle s’invente. Viser juste tant
cela est nécessaire est un vain mot.
On
peut entrer dans le mal de l’autre, il reste une identité qui a un nom secret,
existe malgré les autres.
Il
faut laisser la crise ou le mal intérieur comme des pantoufles à l’extérieur
d’un temple où l’on ne prie que l’imaginaire, de taire la douleur, de
l’anesthésier quelques heures de léthargie profonde, dans une excitation des
sens qui vibrent au son d’une consigne : « ne parle pas de toi,
contemple le monde ». Ou le vra i
dérapage. Mouais de tant apprendre la leçon.
Un
temps où l’oublier, de mal interdit aux oreilles altruistes, où l’on prend le
temps de l’effleurer, de le laisser
percer à travers le voile de l’absence, sans jamais vraiment le dénommer.
J’ai
peur d’écrire comme l’on chante faux.
La
poésie, un chant intérieur où l’intime n’est plus profané.
Où
le dedans est l’inconnu.
Un
être de flammes où l’indicible a un nom, la poésie où l’acuité persiste à
éclairer l’exact de l’entité de chacun selon les règles d’un acrobate des mots,
et la rigueur d’une lettre à un autre être invisible, qui aura toutes les
identités soi-même cloîtré dans son identité personnelle, qui doit affleurer la
surface d’eaux troubles, la perte de la conscience.
Un
mot, une terre, une terre, malade, ravagée de pleurs ou de rires, qui bouge et
change au gré des humeurs, inlassablement côte à côte des idées du ventre de la
pensée.
Une
aventure où l’on s’aperçoit que la poésie est immortelle, que le poste d’artiste
peut mourir. Où le relai des âmes fait qu’un jour suit un jour, un autre jour
qui s’évade de la qualité de malade, transcende le mal intérieur en échappée
volontaire, presque subconscience.
La
poésie n’est une fonction, ni un travail qui amasse des trésors thésaurisés, même
volontairement choisie, elle est un choix de paraître, de transpercer le drap
blanc de l’hôpital, qui enveloppe chaque idée, les note dans un carnet de
soins, ici, la voix intérieure se venge, peut-être, d’un anonymat qui reste la
couverture de chacun, laisse transparaître le vrai du subconscient, travaillé
dans la raison d’une éthique.
Où
le mal fait mal, douloureusement, dans une joie momentanée, éclate de rire
comme en sanglots, vit et croit dans la patience d’une parution, d’une
reconnaissance de l’autre.
Etre
fou, fou de poésie, être mal, mal jusqu’au suicide des mots, qui étaient cause
de la maladie.
Par
un travail assidu, le côté personnel est aligné, rangé dans chaque case de la
Raison, un travail facile d’apparence, qui n’a d’autre source que l’exemplaire
à communiquer, et le tri des idées, les idées noires, les idées bleues, victimes les bleus de l’âme, le rose de la
vie, le désir de parler sauvage, l’inaccessible de l’auteur comble à la fin de
chaque écriture un manque de devoir de l’identité profonde de l’écrivain, qui
ni soi ni les autres, travaille sa langue dans un soucis de transmission d’un
savoir obscur, la littérature, la poésie de mots tus car jamais révélée par un
besoin de les transmettre, peut-être un travail égoïste qui joue et s’amuse de
termes inédits, invente chaque terme, voit un style et voit à chaque heure d’écriture
se former une pensée de soi que l’on s’ignorait, une découverte de sens
calculés et agencés pour que la paix profonde du travail accompli cerne la
sensation de l’agréable, du parfait presque atteint, du mieux de Soi, en soi,
pour tous.
Où
l’on écrit jusque dans son lit d’hôpital, lancé dans l’amour de ce Soi
intangible…
Et
je constate que la pensée a des limites, enracinées dans la vie en société, des
règlements qui gèrent notre silence, des mots tout bas qui hurlent au fond de
cette pensée destinée.
Un rêve impalpable vers une terre d’accueil…
Etage zéro
Ce qu’il y a en dessous de mon sol, je le sais.
De
l’impertinence, de l’envie malsaine et comme un besoin de diabète, de quelque
chose qui fait mal au ventre, des imbécilités gratuites permises, des refrains
qui ont un arrière goût d’après-guerre. Et des morceaux de viande cuite, de
l’amour ultime poussé à bout de farandoles grotesques, et du lait, la misère de
l’opprobre, le besoin calmant de parler d’autrui.
Et
comme toujours ce qu’il y a à chaque étage de l’ascenseur, je ne le sais,
peut-être de l’ombre, des précautions et de la minutie à ne pas glisser sur les
linos mouillés, de l’air et de l’amour aussi.
Et
comme toujours, cette odeur de viande rissolée aux heures du repas de midi, et
cette soif de ne reparaître, pendant que je plonge mon croissant dans mon thé,
et que je mâche, en m’étouffant de mes dernières bouchées, cette simple
bouillie de pain de sucre et de sel, cette nourriture simple qui me sustente et
me maintient en vie.
Et
ils parlent comme sur un air de fête de froid, de noir et d’habitudes, de rixes
aussi, de pénible et de revanche.
Ils
parlent, comme sur un air de fête, malgré les ennuis et les mauvais cafés, le
bout des nuits lunaires, le bruit des vies humaines, animales mêlées sangs
mêlés sous la pluie commune des grands ensembles, sangs mêlés d’odeurs intimes,
de chats, d’hommes et de chiens, leur salive noyée des mots de l’envie qui
manque et qui s’ausculte, l’envie de vivre malgré, contre tout, malgré le temps
trempé, et le temps, le mauvais temps, le soleil fulgurant et le froid
meurtrier.
Et
on les entend tous parler ou se taire terrassés par les amours et le travail
non plus un droit mais devenu obligatoire, et on les aime tous, de tant
d’obligation, mais en peinture seulement, larme facile contre l’ennui.
Drame
farouche que chaque étage de ces vies et les cœurs qui épient se terrent dans
le silence hivernal, les premiers pleurs de l’été.
Les
beignes faciles se perdent des mains grasses qui s’écrasent en guise de bienfait
mérité, sur les joues blêmes des enfants, des femmes fragiles, anémiées à l’air
acide et hurlant de la place. Enfants ramenés à la dérive du délire de
paraître.
On
rêve un peu, un peu de rêve, et du dessous le temps revient de s’échapper de
cette haine de n’y point parvenir, et ce n’est que le banal, au goût acre d’eau
de Javel et de turpitude.
De la pluie, du vent, l’odeur forte du macadam mouillé.
L’hiver.
Dans l’espoir
Dans
l’espoir de vivre encore un peu, jument aride qui tire sa charrette, je compte
sur le sommeil de l’hiver pour perdurer jusqu’au printemps prochain, de peur de
souffrir trop ou d’avantage.
Dans
l’espoir de me quitter, il avait fui comme l’on se quitte, sans rien emporter,
il est parti, cet absent que je n’ai jamais rencontré, mystère ou folie,
transparent d’un pays qi ne lui appartient plus, ou qui n’en est plus un. Il a
couru devant le feu des gendarmes, et le fer de la loi.
Sous
le feu aussi promis aux déserteurs, et celui que j’attisais, innocente de tant
de mal, feu presque éteint de pluie marbrée et bleue, bleuie de peine. Et ce
feu dans son cœur, que j’avais allumé, toujours si tendre ou impossible.
Dans
l’espoir de le revivre, je soufflerai sur mes doigts froids de gelée, cat
automne, le croisant à chaque coin de rue, et attendant que décembre ne me
veille, ahurie de léthargie, que ce printemps ne dure, ni cet été, où je devrai connaître le soleil d’aimer, sans
qu’aucun amoureux ne veuille contre sa joue mon dernier souffle de repentir. Et
l’agonie de cet amour me guette des sens, de cet instant, guette ce regain qui
m’approche, dont je ne pourrai plus partir, je resterai, prisonnière, belle de ce continent vide qu’il m’a
laissé, en guise de souvenir, comme l’on erre encore sur les lieux du drame.
De
lui, dans l’espoir d’oublier un peu, calmé et adouci par quelque conquête
secrète, me reste l’envie qui épie son silence, l’envie sur mon visage glacé,
quelques flocons de neige, pris dans le filet de mes cheveux, mon esprit
nourrissant quelque fin rapide.
Et
j’aime cet élan que je remets à demain, dans l’espoir d’un ultime soupir de
lui, non de patience je l’espère, revêts ce deuil de l’absence, ou de la
chance, celle que j’avais trop vécue.
Dans
l’espoir de ne nourrir plus ce rêve, je ferme discrètement la porte sur mes
siestes passées, et contemple, à quelques terrasses désertées de là de la
ville, ce café qui dort au fond de ma
tasse, qui lui était destiné.
Un amant sans
fautes
Il dort dans mes cheveux
Promesse
inaudible d’être toujours là
Seule
sa possession aux angles de ses yeux
Chuchote
son plaisir de me revoir dans ma nuque surprise
Et
s’étend, vide, délassé, de tout son long, contre mes oreillers
Il
s’étire, émerveillé, me regarde, ses eux dorés fixés sur mes yeux froids,
Le
regard étreint d’une étroite densité
Machinal,
il pousse de petits soupirs, quelques menus bruits d’aspiration lorsqu’il
respire, ronfle un peu, d’un souffle régulier.
Petit espion de ma salle de bain.
Endiablé,
les jours de grand vent, il détale, se heurte aux quatre coins des pièces, se
cogne les dents aux portes, après un surplace aigu sur les sols lustrés.
Loyal,
il m’appelle, me cherche dans les greniers, rentre du dehors d’un saut dans le
séjour blanchi de lumière, le poil bleu pâle hérissé, le panache en plume
d’autruche.
Se
couche sur le flanc, à mes pieds. Lorsque je refuse de dormir, dans un nuage de
fumée, passif, mal. Attendant que j’aille me coucher enfin, ou que je me lève
du canapé sirupeux pour lui donner son repas, du soir.
Et
confiant, vient me souhaite rune bonne nuit, tard le soir, me bave un peu
dessus, calant son museau camus contre mon visage, les narines humides, les
yeux larmoyants.
L’après-midi,
blotti dans une tache de soleil sur le lino crème, il pense, à toute cette
herbe qui l’attend, au loin, ce jardin mythique, cet Eden qu’il retrouvera
après chaque crise, pour lequel il se laisserait mourir, et les oiseaux du pays
ne chanteront plus que pour lui.
Terrible
dans ses colères, il ravage mes rideaux, se pend au regard du Père, le griffe,
lacère la chair qui pourtant le nourrit, miaule lamentablement, redouble ses
cris, ébouriffé, sentant peut-être la mort venir, et roder ; n‘a jamais
fait mentir son pédigrée.
Il dort dans mes cheveux
Le
souffle court, émaillé de hoquets, de petites reprises d’un ronron affreux ou
souffreteux, qu’il hachure de quelques coups de langue bien appliqués sur mes
joues, me remercie pour chacune des journées qu’il a vécues en ma compagnie.
Mes
mains prêtes à lui rendre la caresse de ses moustaches, sur mes yeux, le
duveteux de son poil laineux.
Possession
immobile, aux soupirs entravés de peine, qui pousse ses quelques exhalaisons de
satisfaction, d’intense soulagement, ami endormi en rond sur sa panière.
Mimi.
Le
crâne aplati au nez minuscule, retourné, renversé dans un air de délice infini.
Me
touche se sa tête le mollet lorsqu’il a faim, pour montrer qu’il m’aime, mais
laisse là sa nourriture, s’agite et ne mange plus, à la moindre contrariété,
histoire de me montrer son malheur et de se faire plaindre, à mes moindres
haines.
Il dort dans mes cheveux
Le
nez pris d’une sinusite inévitable
Ses
griffes plantées dans mon épaule
Oppressé
d’un gouffre de volupté
Il
vibre d’un puissant bonheur
Niché
au creux de mon cou
Enfoui
dans ma nuque
M’enveloppe
d’un regard confiant qui ne cherche que l’étonnement
L’air
perdu de tant de compréhension
Et
pose avec bonté son menton sur mon front
Me chatouille de ses pattes
M’emplie
les sens de sa présence tacite
Le
matin, il se lève, va se brosser les dents,
Revient
m’éveiller, une tasse de café à la main
L’air
ravi
Je l’aime jusqu’au soir, et tout se brouille
Et
quand tombe le rideau de sa visite sur ma couette,
J’aime
cet espace vide que n’habite que son ombre
Il dort dans mes
cheveux
Souvenir
d’un passé sans fin au souvenir immortel sinon insupportable
Un
équilibre parfait qui jamais ne quittera le lit
Au plus fort de ce mois d’Août invivable.
Le mur
Il existe un mur, quelque part dans mon enfance
Qui,
force presque surnaturelle,
Clôturait
une cour de graviers et de ciment
Un
mur blond de pierres douces
Crépi
par endroit d’un enduit gréseux qui s’effritait entre les doigts
Lorsque
je le griffais
Un mur absent et droit qui immense fermait la cour aux
intrus
Et
aux cris des enfants
Ceignait
de ses limites timides
Un
espace sans fin où enfant je jouais seule
Partie un après-midi jouer contre lui à lui lancer une
balle
Je
la laissais rebondir sur cette muraille
sans détail
Le
mur me la renvoyait et d’un coup sec la balle me revenait
Je
l’attrapais sans effort, le jeu reprenait sans jamais fatiguer
Il était le mur, le mur de l’enfance
Celui
contre lequel je m’appuyais de toutes mes forces
Contre
lequel je carrais mes épaules, un pied appuyé sur cet arc de forces
Quand
essoufflée je contemplais les billes de verre multicolore
Au
creux de ma main
Le mur contre lequel je m’aplatissais pour m’écouter
respirer
Après
le saut à la corde et les agrès
Il
me surveillait de loin, lointain cœur fidèle
J’écrasais
ma poitrine naissante et plaquais mon ventre plat
Encore
inconnu de ma conscience sur cette surface nue et vide
Qui
recevait les premiers devoirs de l’adolescence
Un
petit vent doux soulevait ma jupe courte, bien trop courte pour mon jeune âge
Mes
amours de fin d’enfance laissaient tomber les regards
Sur
les socquettes blanches desserrées, sans élastiques,
Qui
s’ourlaient autour de mes chevilles tendues
Et
s’étalaient sur me vieilles chaussures cloutées.
J’attrapais la balle au vol, tournais sur moi-même
Le
vent s’engouffrait sous ma robe, frôlait mes jambes nues
Sur
des patins à roulettes indécis, je me précipitais face à la grande poitrine
qu’il était,
Devançant
d’un regard bref son appel
Et
m’élançais contre sa paroi, que mes épaules heurtaient
Il
était l’Ami, l’amour impossible qui me reviendrait lorsque je serai libérée de
l’enfance, le mari fidèle et le tuteur qui suivait de son silence mes moindres
gestes et le cours de mes jeunes années.
Celui
qui était toujours le même, toujours là quand je l’embrassais des yeux
Qui
jamais ne faiblissait aux rendez-vous, pour consoler les pleurs, les premières chamades,
rétablir mon souffle.
Premier
témoin des soupirs éperdus.
Mur de prières émues, au plaisir surhumain et si chaste
D’aller
et venir, de courir contre le vent dans cette cour
D’où
j’entendais les chœurs de l’école, en face
Une
cour qu’ombrageaient à peine l’été venu
les tilleuls jaunes
Où
le soleil frappait durement le sol
Et
le printemps surplombait de sa chaleur tiède
Le
feuillage humide des marronniers en fleurs
Temps infini de l’enfance
Le
mur était le rempart qui fermait une maison vide, peut être pleine de vie, mais
que j’ignorais, dont je ne voulais rien voir ni savoir, il était le mur, et non
le mur d’une bâtisse, emplie de ses gens, de ses paroles lancées le matin, de
ses mots vibrants le soir, une vie à part que je préférais laisser au large de
mes jeux.
Derrière
le mur, dans mon esprit, il n’y avait que le ciel, seule l’ombre de quelque
arbre troublait la fête de me savoir seule en face de lui, feuillage d’insolence
ombrageuse et voyeurs qui dépassaient du haut des tuiles.
L’idée
de ce jardin inconnu que je ne foulerai jamais me perturbait, j’amassais
quelque revanche à prendre sur cette vie mystérieuse qu’il cachait.
Un
jour, un garçon du collège ouvrit la porte de la cour, une porte de bois qui
grinçait sur ses gongs, il avança dans le vide de gravillons gris, je le vis
avec stupeur et horreur marcher sur le mur. Je m’étais réfugiée derrière un
pilier et n’étais vue, il se débraguetta violemment, puis urina contre cet être
de pierre à qui je vouais tout, que je chérissais tant. Se tourna d’un air
niais, un temps perdu et se rebragua, fit demi-tour et sorti, l’air à l’aise.
Depuis,
je ne conçus plus le mur de la même façon, il avait été irrémédiablement souillé.
Il ne serait plus qu’un enfant mort, l’ami mort.
Et je le frappais d’une balle, tout en me rappelant son
ancien amour.
J’attrapais
la balle, elle venait se caler entre mes mains, je la lançais avec vigueur,
tapais de toutes mes forces la boule de caoutchouc contre les moellons, tapais
dans mes mains et virevoltais, reprenais la balle une fois face à face, avec
lui.
Les
vieilles pierres rosissaient au soleil déclinant, je sentais encore émaner du
ras des herbes l’odeur chaude de la pise humaine.
Lasse,
je rentrais.
Mortes
amours.
Tonnes
Je
leur jette un regard, ils me jettent la première pierre.
Je
leur prête une oreille, ils ne me la rendent pas.
Je
leur rapporte des propos, de l’argent et des bonbons, ils me répliquent qu’ils
n’en ont plus besoin.
Je
leur parle d’amour, ils me disent qu’ils ne veulent plus m’aimer.
Si
je reste muette et sourde à leur injure, ils me disent que je suis aveugle et
ne veulent plus m’entendre.
Je
dors si bien qu’ils me disent que je rêve.
Je
leur ouvrirais ma porte, ils me rétorqueraient de la fermer
Si
je les traite de vipères, ils me disent crache ton venin
Je
déboutonne mon col, relève les manches de mes pulls, ils disent que je mérite
la corde, si je serre ma ceinture.
Et
si je dégrafe ma ceinture, ils décident qu’il faut me la boucler.
Je
me prends les doigts dans la charnière, ils répliquent que cela leur fait
plaisir.
Et si j’étais paranoïaque ?
Si
je vitupère, vite le Père.
Si
dans me »s pensées vite je tue le père ? Ils répliquent qu’ils tuent
les vipères ;
Si
de ma vie je n’ai vu de père ? Ils disent que j’en mérite un puis une.
Si
je mérite une paire, je n’ai jamais su laquelle. Paire de fesse, de claques ou
de genoux ? Le père dans les valises de la nation.
A
force de vivre dans la limaille et la mitraille, on finit parfois par péter un
câble avec les boulons…
Année
nouvelle
Je voudrais un univers de bruissements d’oiseaux et de
sauvagine feutrée
Où
personne ne souille l’instant heureux, fragile, du bonheur
Où
les amants font la sieste ensemble, bercés sous le vent, et le silence des forêts
Se
languissent et s’aident, au bruit sourd des ruisseaux
Un monde preux tendre et fier
Où
les chiens ne s’écrasent sur les routes le dimanche
Où les idées qui fleurissent les coeurs
Se
répandent dans un champ de coquelicots en plein ciel
Où les prisons s’évaporent
Où
les enfants rient même tout bas
Sans
haine ni peur dans des jardins de baisers
Un
monde où le premier pas coûte peut-être mais ne cède pas, ne se signale que
d’un air pur, d’un regard plein ciel.
Où
les heures malheureuses et atroces de la mort, de la torture, ne planent au
dessus des lits, des dortoirs, des berceaux.
Un
monde où la vie respire.
Où la faim et l’indigence ne parent plus les talents de
la charité ni du despotisme.
On
monde où le blanc n’est plus celui des blouses mais celui des robes de mariées,
où les jeunes épousées ne meurent vierges mais dans les bras de leur vieil
amant.
Où
les nourrissons nés, les bambins et les enfants ne prennent des doses de
pommade calmante ni des surdosages performants pour périr dans le pétrissage de couche-culotte avant
l’examen, scolaire ou médical, sans mériter une fessée spectaculaire, puis la rouste
du médecin, retentissante à jamais.
Un monde où le fratricide n’existe pas.
Où le faux ne trahit
Où
la vie s’époumone à vivre, aimer, et ne
meurt dans des cages
Où
la négligence ne tue pas
Ni
l’épine grossière des commères
Où
l’agonie silencieuse des mondes ne doit plus flagorner
Où
perce le sourire timide effleuré des amoureux sensibles
Où
les chevaux ne s’achèvent pas
Où
les oiseaux ne se cachent pour mourir
Où
les chats ne se castrent pas
Un monde parfait…
Misere
Aile
de papillon à la saignée du bras, je vole, autour de plaines épandues entre des
montagnes violettes, à la lisière des forêts de sapins. .
Je
joints mes poignets en un geste de prière païenne
M’étends
auprès de ce corps aimé qui dort et respire
Je
vole
Papillon
qui se pose un instant sur ta tempe, paralysé par l’effort de planer une seconde,
Englué
des sèves de la nuit
Au
dessus des ténèbres
Au-delà
des pluies et des rivières pâles, aux palsières vert sombre
Au deçà
des tombes et des mégalithes plantés en terre d’ancêtres disparus
je
parcours autour de la terre un voyage immatériel sans fin entre des rangées
d’arbres rouges, les vallées disparues réapparaissent, sous un plafond de
nuages orangés d’aurores cramoisies, reviens doucement me poser sur ce lit
d’ombre que tu habites.
Dans
tes yeux fermés très fort des armes roulent de foi, de fierté, de sommeil profond
abîmé de patience.
Tendre
ton sommeil, le visage plissé de l’amour que tu portes, tes yeux appellent un
baiser effleuré, ce front sérieux et pâle affronte le temps, le jour, au-dessus
du battement de cils, vibration des narines.
Volutes de fumée tranquille entre deux rêves
Dans
une mer de pointillés.
Et pleurer
doucement d’être aimée et seule à le savoir, et seule à la fois
D’être
animée de tant de vie.
De
n’avoir plus autant de peine à te rendre ce plaisir qui te noue de me serrer
violemment contre ce corps noué.
J’aurais
voulu t’appeler tout bas et déclancher la transe, saturer de paix ce ventre
calme, privé d’étreinte aveuglante, lumineuse de soleil bas.
Toucher
cette bouche rougie de feu qui embrase les âmes innocentes et réunir en quelques
secondes de vie deux existences encre stériles de séparation, isolées du sceau
de l’indifférence.
Unies.
Et
livrer le sang, les humeurs végétales du plaisir dévoilé d’une étoile parallèle
au soleil qui nova éblouissante sans nuit ni jour veille, pulsar témoin de ce drame tranquille
qui n’en est un, pénètre au creux de nos secrets, frissonne, fusionne en nos
forces et lie à jamais deux vies d’ivresse,
Monde
purpurin.
Lettre à un
absent
Des
journaux cornés, jaunis,
Des
assiettes blanches et vertes empilées qui s’entrechoquent
Un
signal, des bruits irisés
Du
verre blanc brisé
Une
plume de paon dans un bocal bleuté
Et
de l’eau, beaucoup d’eau
Des savons, des savonnettes entamées, qui embaument les
chambres
Les
lieux vides que tu habites, où tu déambules aux heures creuses, infinies,
indifférentes
Et moi, qui t’aime plus que tout
Des rivières de verre liquide parmi des galets de
quartz blond
Des
spirales de fumée grise qui enivrent les sens
Conduisent
aux rêves éveillées, aux mensonges du temps
Des insultes, des propos lancinants décalés déclamés
avec rudesses
Un
lit
Des
draps roses et bleus, pâles pastels
Des
pyjamas vides
De longues marches insensibles
Un
chat aimé d’un ciel limpide, d’un chien sage et de fleurs sauvages
Un
éclat de regard dans mon regard
Du miel, des roses, des abeilles bourdonnantes dans un
champ de genets
Une
cigarette
Un
tissu de fumée qui transcende chaque instant de silence
Et
plane au-dessus du canapé, atteint l’azur et s’évapore en mouches bleues
Des
strass sans difficulté, des brillants éternels sans pureté réelle
Toi, c’est toi et moi confondus
Un enfer
qui te mine
Un
clown qui fait le pitre
Et des
litres de thé, de café, et de la limonade, des sirops de citron, des boissons
orangées
Des
salades de fruits
Et
un front plombé posé dans l’air au dessus de récits enchevêtrés écrits à l’
Encre
bleue.
Une
fugue sans raison, des bleus aux genoux sans cour de récréation.
Tout
ce que tu aurais pu me dire dans un souffle sur un oreiller, doucement calmé de
tes craintes inaudibles, dans tes songes opales, je te le réponds, réponse à un
temps qui fuit, à ce silence qui pèse sur un printemps qui s’essouffle.
Moi,
c’est toi.
Et
je me récite tout bas cette complainte
Ce
compliment qui jamais n’a effleuré ma bouche d’un long baiser immobile,
Tactile
singerie que j ‘apprends au matin
Sortie
des draps mouillés de sueur banale.
Je t’embrasse.
Toi
qui s’éveille au bruissement des étoiles au cœur firmament des nuits sans fond.
Et
qui cherche ma main gentiment sous les couettes humides.
Eclipse, équinoxe
Un
air impalpable envahissait le jour, tombait du ciel une pluie fine de poussière
blonde portée par les vents, l’on pensait que le soleil ne se coucherait
jamais.
Il
se poserait peut-être, boule de feu immatérielle pour nous autres, qui n’imaginons
pas de quelle chaleur elle doit fondre, astre que le temps figeait en sphère
banale.
Le jour était autre.
Les
bêtes attendaient sans bruit une éclipse ou quelque phénomène étrange.
Les
hommes eux attendaient la nuit noire, levaient la tête en guettant les
constellations…
Un
élémentaire brouhaha de torpeur s’éloignait des villes que le soleil frappait
encore, et nue le travail de vibrer reprenait.
Il
faisait chaud et personne ne pouvait prédire le temps, le temps que
s’accomplisse le météore.
Les
arbres avaient grandi et jaunissaient sous le vent, ils paraissaient embrasser
la terre, ils devenaient comme le miel, leurs branchages semblaient gênants.
Il fallait garder les enfants près de soi pour qu’ils
cessent de s’agiter.
Une
auréole de printemps naissait dans l’humidité des feuillages, et les chevaux
désobéissaient.
Les oiseaux volaient bas, rasant les murs, se cognaient
aux fenêtres en clefs.
Et
il faisait un silence d’ombre, un peu comme avant les apocalypses.
Et
l’on ne sait pourquoi, une nuée de moucherons pourchassés par les rayons
obliques fuyaient vers les terres.
Les
plantes croissaient doucement sur la lancée d’un regain nouveau, lentement
l’ombre cachée des arbres s’étirait derrière les maisons, s’allongeait en
rampant, atteignait le puits la tonnelle du jardin, et parfois presque la
route.
Un parfum de terre mouillée prenait à la tête.
Soir ou temps de lune rousse.
Il
la prit dans ses bras, la serra très fort. Il quémandait un baiser qui ne
venait pas, puis il demanda sa robe noire, et de le suivre.
La
fille parlait peu, ou bas. Mais elle pensait qu’il exagérait.
Aux
abords de la nuit, personne ne parlait. Les gens écoutaient le vent doucement
défaire l’ordre sage des feuilles d’arbres, sous le parfum d’éternité des
tilleuls.
Se
nouaient dans les viscères des liens assidus, une vrille de passion prenait les
gestes de chacun, un rappel de l’année passées, une nostalgie pour un temps
futur. Les gens marchaient sans bruit, pensaient déjà à s’enrôler dans pulls de
laine. Dans les chambres le tour baissait, avec l’ombre qui venait du ciel et
le ciel tombait lentement sur les plaines, un vent de folie de sud frôlait les
jambes des femmes, la chaleur irradiait encore leur ventre.
Le
temps faisait penser à ces après-midi de juillet, au plus fort de l’été. Les
envols d’étourneaux rappelaient le jour dominical. Le jour est différent les
dimanches.
Silence
et monotonie s’installaient, la nuit ne venait pas. Elle serait longuement
calculée, comptée, d’une équitable durée à celle du jour.
Et
l’âge de chaque enfant serait marqué par cette date. Chaque amoureux ressassait
le goût de l’été, poursuivait d’un regard intérieur, l’intérieur de son esprit
pour chercher l’équivalent en sens et en sentiment. Une sorte de peur languide,
une frileuse impatience. Celle imaginée des fins de planètes.
Les
éléments traînaient, s’étiraient dans ces 24 h de jour et de nuit, ce jour qui
se ratatinerait pour que la nuit compte double. Les suées se feraient plus rares.
L’automne déjà pesait sur les consciences, un cotonneux brouillard peu à peu
infiltrait les pensées.
Il ferait plus froid. Les bêtes revenues au bercail,
les oiseaux se tairaient.
Bulles
de silences et de pensées qui s’évaporaient des villes ; elles avaient,
désormais à veiller dans le bleu du temps le cours des siècles et des oracles à
venir.
L’hiver ne leur devait que ce rituel.
Et ce n’était pas encore tout à fait la fin du monde…
La mouche
Et
la mouche se posait comme un aimant attiré par la mort, empoisonné de la
confiance de l’animal face à la disparition et la survie des insectes, elle
survolait mes bras, mes jambes lessivées de marches forcées, suant les pleurs. Elle
guettait sa fin, savourait à l’aurore de l’éveil aux sens le droit de se griser
de ce nectar humain, la sueur, nectar de l’épuisement qui me conduisait à
penser que cela lui était une jouissance qui l’emportait vers des étages du
délice que nul humain n’oserait aborder, la reproduction, un acte protégé, et
donc tu.
La
mouche à la bouche suceuse, pompait à toutes veines le suc paradisiaque de son
Dieu, l’Homme, en attendant la mort.
Mort
envisageable soit, mais formelle, la mouche sachant de loin reconnaître l’odeur
du décès humain, elle revenait à la charge, formelle, comme portée par un oubli
de ne pas rester en vie, pour commettre l’acte de chair déterminé par les lois
de la nature, et déguiser la mort de l’Homme en suicide, en acte voire naturel.
Commettre
l‘acte nutritionnel dont se gaverait sa ponte, elle cherchait, cette mouche, le
lieu sur mon corps dénudé dans les grosses chaleurs de juillet, nue dans mon
lit, où elle forcerait ma peau de son rostre, et pondrait sa semence, autant
que dans viande pourrie.
La
mouche bleue voletait autour de ma
bouche, où elle enfermerait quelques œufs sucrés, s’incrustait dans mes cils,
autour de mes yeux dansait une sarabande triomphale, m’éveillant de son
bourdonnement indiscret, elle oeuvrait à sa tâche de s’alimenter pour les
générations futures qui germeraient dans mon corps et dans le sien.
Mes
yeux, qui clignaient de fatigue la constataient, moite de mon sang et de mes
lymphes, je la chassais d’un revers de main.
Elle
était infatigable, inaccessible, irrépressible et invétérée, douée du sens inné
de choisir sa proie, un sens inaltérable qui la percutait contre mon visage,
pour pomper de l’homme qu’elle juge sa divinité, dieu unique, quand repue, elle
s’éloigne, titubante, de cette œuvre amoureuse qui la secouait à craquer, de
chercher sa nourriture, sale de peur et de pleurs, ivre de haine de l‘amour
qu’elle suçait, elle échappe avant l’éveil de sa victime, constatant qu’elle ne
trépasse.
Une
corvée de trop.
La vie l’emportera
Elle
ponctuait ses délices d’un verre d’eau, pour purifier ce dernier geste de la
vie, celui de s’alimenter, seul geste qui régnait dans les reliquats de son existence,
encore lié à la chair. Elle flirtait avec l’esprit de disparaître, tout comme
l’on caresse un rêve, ou met un enfant au monde, sans concession envers la vie
de martyr.
La
vie la retenait dans ses ordres, ses conseils, ses aléas, elle y trouvait une
échappatoire, à ses défis. Comment se passer
d’un enfant de l’esprit qui seul reste, qui s’agite et se nourrit de toute une
partie de l’histoire d’une femme, envahit sa vie intime passée à terminer ses
goûter de bébé.
Elle
se séquestrait dans l’idée, disait un homme, dans ses défenses contre la mort
d’un amour sans fin, tant désiré, qui ne pardonnait aucune faute, et n’achevait
de mourir, ni ne s’accommodait d’aucun choix.
Il
s’escrimait à la vouloir telle, belle et douce, elle s’évertuait à lui
échapper, à lui fausser compagnie pour langer, au creux de ses oreillers, ses
songes éveillés de naître encore tout de suite sous une autre forme, femme non
encore accomplie telle que sont toutes les maîtresses.
Elle
sonnait aux portes des médecins, s’abîmait dans des vœux d’exodes et
d’odyssées, sans lumière aucune, sinon ce respectable orgueil de rester mère
d’elle-même, en vie malgré ses besoins irrésistibles de cesser tout commerce avec
les vivants, et le reste de l’humanité, ces terriens qui l’amalgamaient à une perversion
du traversin.
Comment
expliquer ce besoin de reparaître en étant cachée, sous la forme d‘un bambin encore
attaché au sein, petit marsupial habile qui ne dépendrait que de soi, d’elle et
du monde, que l’on laisserait téter doucement ce ventre empli d’un lait
maternel redoutable mais ami, prêt peut-être à l’occire. Ne plus s’occuper de
rien, sinon laisser faire la nature de ce lien et les perceptions du ventre,
seules entrailles qui vaillent dans l’univers, et n’écraser jamais plus de
mégot de cigarette sur l’apparition de l’enfant.
Ces
dernières années, elle s’enterrait vivre de vivre avec ce compagnon de route et
de fortune, derniers terriens sur terre, espérant que quelque personnage hors
du commun remplirait ce vide sidéral de l’infini et du détail de vivre sur ce
sol, des accrocs minuscules à la chair comme un bateau à la dérive
s’accrochaient à la mer, pour sombrer dans quelque ouragan, quelque typhon de
plus.
Elle
l’appelait, chéri, viens voir, et il venait, touché par ce malaise qui l’attendait,
repartait vaincu, sachant cela inutile, et l’infirmité d’être stérile à tout
amour.
Et
ils pleuraient, touts deux, de ne devoir quelque devoir à la vie, celle d’un enfant qui grandirait seul,
sans les besoins de parents jardiniers, qui ne tolèreraient qu’une branche à leur
arbre, un bourgeon d‘idée pousse toujours du tronc des arbres taillés.
Chaque
lendemain des équinoxes, ils se levaient tôt, s’acharnaient au travail de
refaire le monde, accomplissant enfin les devoir de la nature, répondre à ses appels
au secours.
Fièvres anodines
Incertitudes
Taules
Un
haut dignitaire de l’ONU rend visite au directeur d’une prison chilienne, dans
une petite ville de province.
Saluant
les matons et sergents, il prend le coude de son guide et lui murmure, longeant
les cellules, voyant un vieux prisonnier ridé aux cheveux longs et blancs lui
demander de l’eau:
Ce
qu’il y a de bien dans ces prisons, c’est qu’on y meurt de longévité, à 90 ans,
on y est encore.
Un
convoi humanitaire des Médecins du Monde sur le terrain passe de villages en
villages en Bosnie, après les tirs de mortier et de roquettes, chargé de porter
secours aux blessés, et de réanimer dans les premiers soins à dispenser, les
personnes choquées.
Les
médecins du convoi trouvant dans une rue déserte, sous le regard apitoyé de
trois bedeaux, une jeune femme évanouie, qui selon un témoin, a les règles,
interviennent. Elle est sans connaissance, faible.
Un
médecin s’avance, dit aux badauds, éloignez-vous, éloignez-vous.
Un
badaud quémande : des sels, des sels, elle nous quitte…
Le
médecin du SAMU international, royal, lui rétorque : non, non, il faut
économiser.
En
guise de démonstration, pour plus d’efficacité et joignant le geste à la
parole, il fouille dans les vêtements de la femme, plonge dans le slip de la
patiente, en retire un linge sale ou ce qui était sensé faire office de
protection, dans lequel la femme, prise de terreur et inconscience avait fait
ses urines. Puis il le lui fourre sous le nez, et lui ordonne d’un air
noble : respirez, respirez…
La
jeune femme revient à elle, grâce au bandage ammoniaqué d’urines, et se prend
une grande
Baffe
dans la figure, pour la précarité du geste, destinée à la maintenir en vie et
la ramener à la raison.
Le
médecin, content et fier de lui, rajoute, triomphal mais essoufflé :
« Je
ne pouvais rien faire d’autre. Rapidité, efficacité. Ce n’est qu’une question
de réflexe, c’est un geste qui peut sauver, il fallait faire vite. Ce qu’il y a
de bien dans la pisse, c’est que c’est beaucoup plus radical et efficace qu’un camembert
bien fait en période de pléthore. Nous, l’on fait avec les moyens du bord. Ces
gens là, décidément, l’on aura tout fait pour les sortir de la merde. »
D’après
vous, il valait mieux faire quoi d’autre ?
Quelle est la différence entre un singe et un
calendrier ?
Aucune,
ils ont chacun demain.
Quelle
est la différence, pour un juif, entre l’art culinaire et un tire
comédon ?
C’est
qu’un juif, quand on le cuisine, on lui tire les vers du nez.
Quelle est la différence entre un juif et un
policier ?
Aucune,
ils ont tous les deux du nez.
Quelle est la différence entre un policier et un bâton
de rouge à lèvres ?
C’est
que quand un policier en a terminé avec un prisonnier, il l’envoie chez
l’esthéticienne pour le maquillage, manucure comprise.
Quelle
est la différence entre un prisonnier politique et un bâton de beurre cacao ?
C’est
l’art du maquillage dans la transparence.
Quelle est la différence entre un prisonnier et une
plaque de chocolat ?
L’art
de la cuisine en guise de dessert quand
ils vous le servent.
Quelle est la différence entre un psychiatre et un tube
de pâte dentifrice ?
C’est
la haine des maux dedans quand le psychiatre dit à son patient : souriez.
Quelle est la différence entre un bon père de famille
et un prof de lycée ?
L’esprit
de contrôle.
Quelle
est la différence entre un restaurant et un commissariat de police dans un
quartier en difficulté ?
Les
odeurs de cuisine quand les flics font cantine.
Quelle est la différence entre un bon père de famille
et un prof de faculté ?
L’odeur
de patchouli.
Qu’est ce qui fait la différence entre une mouette et
un maquereau ?
Il
n’y en a aucune, ils aiment tous deux la morue fraîche.
Qu’est ce qui fait la différence entre un livre et un
bouquet de violettes ?
La
différence entre la liberté de pensée et un bouquet de fleurs bleues.
Quelle est la différence entre un médecin du SAMU et un
petit oiseau ?
Un
paquet de chips, qui fait blanc colombe
chez les patates.
Quelle
est la différence entre un bouquet de violettes et un membre du KGB, qui fait
dans les fleurs ?
Un
bouquet de pensées sauvages.
Quelle est la différence entre une souris et
un CRS ?
Aucune,
ils ont tous deux horreur des tapettes.
Une araignée
Etre
furtif du futur, artiste, prenant son rôle tel un dû, attentat des hommes qui
espèrent, soumise aux écritures chimères, subjugante obsessionnelle,
épouvantable et passionnée, trace la race des chairs écrites sur fil de soie
transparent.
Reconnaissante
du bien comme du mal, ne se meut que sur la violence des réponses, à ses actes
de survie.
Diamant
noir instruit d’infini et construit d’infect, la méticulosité de l’insecte, sûr
de soi, précis, précieux précieux, qui fouille avec insistance, fermeté et
lenteur, calcule les tissus, les viscères de sa proie.
Prête,
peu à peu fascinée, engluée de sucs aphrodisiaques, elle se sent disparaître
dans une grande douleur constante et répétée, se retrouve entièrement
dissociée, lucide par fragments à travers le corps et les sens, l’intelligence
pèse sur une toile bleue sans lieu.
Intellectuelle
d’un air étrange, étrangère à tant de fierté, de ses oscelles rubis, discerne
les dissociations internes duc cocon, les combustions de sa réalité propre,
celle de la larve, envisage l’élimination des déchets.
Même
s’il reste encore quelque peu de conscience vive accrochée à ses pattes, elle
déambule, fatale, funambule incertain, sur des ouragans et tempêtes de son
existence, sans jamais faiblir, nette de tout carnage, sinon justifié par les
lois de la nature.
Elle
se rappelle son entité d’insecte anesthésié de son poison-mère, qui se nourrit
du venin qu’elle injecte, paralysie d’être sensible qui voit autour de sa momie
se former les échelles de la toile, sent agir la chimie du poison.
Innés de charme précoce, les oiseaux tournoient dans un
vol lent.
Leurs
battements d’ailes , aveugles, souffle de vent souffletant soporifique
tiède, soulève une nappe de pailles et de sable chaud, sentant le pain chaud,
la farine la poussière et l’étable, grise. Brebis qui frissonnent, et embaument
le suint, sous la chaleur d’août.
Assoupie
de chaleur, l’araignée attend, le froid, l’hiver, la neige.
Le
ventre plein d’œufs qui s’agitent, vrombissent, elle attend.
De
ses pattes velues, elle s’accroche aux rafales, doux élans qui la bercent,
souffles de dieux qui la caressent, vent d’été.
L’abdomen
renflé, prêt à pondre, ses œufs presque éclots, elle grimpe, les griffes
visqueuses délicates posées sur les coussinets de poils soyeux, elle cherche un
abris, un logis sous une écorce brune, elle noire de jeune, emplie des sucs de
la fête, musquée de glue vivace.
Goutte
de miel balancée au dessus des têtes, invisible pour les humains, mais vraie,
heureuse, sereine, la taille nerveuse, inquiète tout de même pour sa
progéniture, de retrouver ses pas, surveiller la lente digestion des entrailles
prisonnières sous les cocons vibrants.
Liquides
verts et lymphes aux odeurs de gentiane, de feuilles jaunies, étés, printemps,
hivers à sucer, lymphes sucrées, liqueurs violentes enivrantes et douces, rêves
féconds.
Saoule de déjeuners, viveuse, elle attend.
Alpages
Et
c’est pourquoi ce jour-là, la brebis égarée du troupeau égara son berger, c’est
pourquoi ce jour-là elle s’est mise à pleurer, c’est pourquoi elle ne pu le
ramener, et s’enfuit.
Alors,
ce jour-là, on pendit le cochon, égorgea la souillon, éborgna le couillon, et
en grand deuil tambour battant l’on coiffa l‘épouvantail d’un chapeau
d’aiguilles de sapin sur un chandail de cerfeuil chippé à l’écureuil, c’est
pourquoi ce jour-là on enchaîna les grand-mères, cadenassa les bergères, ficela
les dentellières, cloîtra les bigotes pour qu’elles tricotent des pelotes et
des pelotes de laine rêche pour leurs époux, qu’elles laissent entre les mèches
de laine un peu de sang de leurs mitaines, versé enfin pour la patrie, et non
plus les cheveux coupés de jeunes vierges.
C’est
pourquoi un bel été la brebis qui égara son fol berger dans les alpages, prise
du mal des hauteurs, partit la tête vide sous les astres, les sapinèdes, voler
les fleurs d’une gitane.
C’est
pourquoi ce beau jour la brebis retrouva son berger folâtrant dans les nappes
violettes de bruyères fanées.
Pourquoi
sans le berger parti courir vers les versants profonds elle marcha, vers les
carrés verts des champs de pâques, les carrés verts fermés piqués de pâquerettes
écloses, retrouver les petites statuettes blanches enfermées dans leurs prés.
Les
carrés verts et jaunes, terre de sienne ou d’humus remué, cerclés des clôtures
et murets, petits bocages salins au dessus de la prochaine rivière, encadrés de
terres sarclées, puzzle secret zigzagant entre les petites fermes, précieuses
estampes mosaïques de prés où les vaches rousses ou noires et blanches avaient
la taille d’osselets, dominos s’étalant en champs clos, au creux des la vallée
haute.
Toutes
ramassées du côté gauche de la rivière opale, irisée ou vert bleu opaque, sur l’ubac vaguement ondulé
bosselé des parcelles ; rayon ombragé de soleil enflammé sur les pommes
d’api, tombées sous les ailes jaunes et pastis des piérides, tombées exprès sur
le chevelu salé des herbes longues aplanies de pas silencieux.
Un point noir lumineux, une prunelle sur une aile
nacrée.
Les
rampes blondes vernissées des barrières inégales plantées à même la terre
meuble, trempée et sèche à la fois.
Au
loi, la pression folle d’un lac de sel, bleu ; coloris inégalable du col
fermé, inégalé, que nul peintre n‘aura pu saisir, tous ceux venus rendus fous.
Turquoise
bleu pâle, que seul Patinir pu retranscrire.
Citerne
pesante immense réserve d’eau chaude et froide dans son fond, brûlante et
glacée, au dessus des visages humains penchés. Réserve d’eau saline fixée sur
les têtes lourdes empesées, les pieds serrés.
Le
lac auréolé posé encaissé parmi les versants rocheux herbeux, au-delà des mines
d’or, surplombait la vallée, des abrupts ombrés d’iridium perlait une lueur
éblouissante
Les
minerais douloureux suintaient le long des rochers humides, la terre volcanique
fouillée brune rouge, les ruisselets de fer blanc dévalaient les pentes rudes.
Au
loin, le lac laiteux penchait dangereusement ses litres métalliques sur la
vallée dorée, pressant doucement la terre fragile de son rempart naturel, pubis
faible et rigide, friandise douce qui retenait, clôturait les épanchements
liquides.
Barrière
de débris mousseux qui retenait la contenance aurifère et irradiante des tonnes
de métal.
Métal
froid fondu prêt à se déverser déferlant sur l’adret tranquille.
Les
mines d’or épuisées, fermées, après la gifle ancienne et cinglante des
découvertes récentes de minerais luisant, vibration incessante des eaux,
douloureuse jusques dans les dents, picotements humides sur les museaux laiteux
des veaux, le pelage collé des génisses, le petit lait irritant et tailladant.
Des vaches.
Des
métaux lourds, plomb bleu liquide fondu penché sur la vallée, tranquille.
Œil
bleu rivé sur les humains.
Les nouilles, les pâtes et le beurre, hiver 1995
Ne
t’en fais pas, chérie, elle a mis tout le paquet.
Maman,
qu’est ce que c’est, la différence entre un stylo à bille et un
thermomètre ?
Chéri,
vas vérifier si le cardan de l’auto est…
Le
thermomètre, c’est pas des cardans qui peuvent écrire.
Besoin.
Maman, j’ai lessivé les meubles.
Touche
pas avec tes doigts.
Maman,
j’ai aussi lavé la chemise de nuit.
Bon,
vas passer le pyjama à ta sœur, et ramène-moi la lessive en poudre.
Maman, qu’est-ce qu’une chaussette qui pend ?
Chérie,
vas vérifier, voir sur la corde à linge, je crois qu’il manque quelque chose.
T’en
fais, pas, c’est que ma socquette qui sèche.
Maman,
les nouilles, elles sont toujours dans le même sens.
…
Maman,
les nouilles, maintenant, elles sont en désordre.
Mange,
laisse tes cheveux et tais-toi.
Maman, passe-moi le beurre, j’aime pas le goût du rouge
à lèvres.
Tu
as les nouilles et le beurre.
Maman,
j’ai perdu un basquet.
Refais-moi
tes lacets.
Maman,
j’ai assez de me battre avec les nouilles. J’ai fait pipi dedans.
Chérie,
vérifie si c’était bien le paquet de pâtes qui était dans la casserole…
Passe-moi
le livre de la Belle et la Bête.
Non,
celui de la Cour des Miracles
Bon,
passe-moi l’annuaire.
Maman, j’ai cassé le cardan.
Touche
pas à ça, c’est le Président à la télé.
Quinze
ans plus tard : touche pas à cette matraque.
Maman, c’est quoi la différence entre un pot et un
rouleau sopalin ?
C’est
à peu près la même chose…
A
l’école, plus tard : quelle est la différence entre un vase de Chine et un
rouleau de papier WC ?
Maman, c’est quoi, la fin du film ?
Je
ne sais pas, de te répondre je n’ai pas suivi la fin.
Maman,
les nouilles, c’est collant...
Bon,
appelle la police.
Maman, le ketchup, c’est toujours dans le
placard ?
La
peinture rouge…
Maman, dis, c’est le rôti qui sent le brûlé ?
Non,
c’est maman qui fume, appelle les pompiers.
Chérie, la sauce au piment, le petit goût de poivre,
c’est, divin…
Magali,
où as-tu mis les potions de mémé ? Le …petit goût amer, hein ?
Maman,
j’ai perdu le fil, il n’arrête pas de me ficher les nerfs.
Tiens-moi
la pelote, je compte les points.
Maman, il m’a pris mes billes…
Bon,
elles étaient comment ?
Je
crois qu’il les a avalées.
Maman, une statue, ça se fait avec quoi ?
Touche
pas… au bébé… ?
Maman, c’est quoi, une mariée ?
Tais-toi,
regarde la statue.
Maman,
j’ai vu un petit fantôme.
Tais-toi,
et mange.
Maman,
ça vit comment, un revenant ?
Dans
la mémoire.
Dis,
chérie, il y a encore Mitterrand, à la télé ?*
Maman,
je crois que c’était Dracula.
Non,
c’était le chat.
Chérie,
il y a encore le Bébet-show…
Maman,
je veux des nouilles plus longues.
Maman,
les spaghettis, je les mets à l’eau, je les trouve secs, je les réhydrate.
Chérie,
qu’est ce qu’est ce qui d’après toi peut réhydrater des nouilles… ?
Maman,
c’est quoi, je parie que tu le sais pas, la différence entre une machine à
(paf, claque) écrire, et une bicyclette ?
Chérie,
va voir au garage, la trottinette tu
sais, la Golf……
Maman,
j’ai des nouilles dans le nez.
Passe
moi les pinces à épiler…
Maman, c’est quoi la différence entre une porte
d’église et une prison ?
Ben,
c’est comme pour les clochers, dans les deux cas, on les ignore.
Maman,
dis, dans les nouilles, ça fait plein de petits bruits…
De
… salive… ?
Les clefs ?
Dans
la coupe….
Les
clefs de la voiture, tu les as mises où ? Je ne les trouve pas.
Ah,
oui, merde, le vitrier…
Maman,
j’ai vidé le briquet qui était sur la table, il était plein de gaz, ça pue.
Dis
maman, la naphtaline, c’est fait pourquoi ?
Appelle
le médecin.
Maman,
il aime pas.
Non,
pas la carotène, non, pas non plus le poivre, ne mets pas non plus de l
‘hariza.
Ben,
c’était de la sauce tomate.
Si
les patates douces avec ça il ne les
aime pas, passe lui les nouilles.
Avec
le poivre.
Oui,
et bien les merguez, c’est comme pour la bataille de la 15° nouille.
Bien,
passe lui, non, le caramel, la vanille et le chocolat.
Maman,
j’ai tué les spaghettis.
Maman,
c’est long, quand un spaghetti ça pend…
Maman,
j’ai trouvé de la blédine au chocolat au fond du placard, je peux en donner
encore à Damien ?
L’urne
funéraire de pépé…
Il
a voulu obtenir le premier prix d’avaleur de spaghettis à la blédine et il a fait
une réaction avec les nouilles …
Papa, c’est quoi, le coup de Vercingétorix ?
Ça
vient de la télé, chérie, passe-moi la manette…
Maman,
ça pique.
Il
l’a répété.
Maman,
le thermomètre du salon, il avance, il est monté de deux degrés Celsius.
Alors,
tu regardes dans le four, d’abord le thermostat, tu vérifies si le gâteau de riz prend, il est
pris, bon jette–le, non, tu appelles les pompiers.
Hurlements.
Chéri,
vas la calmer.
Damien,
rends son appareil dentaire à ta sœur, je t’ai déjà interdit de jouer avec, et
range ce scalpel.
Quinze
années plus tard :
Maman,
il m’a piqué mon livre de sciences éco…
Tu
n’as rien d’autre à signaler ?
Non,
mais il m’a aussi piqué les clefs du studio, la télé de la maison, ma biafine,
la couette de mémé, et aussi le portefeuille…
Dis, il a aussi laissé une note…
J’ai
pas fait attention, à la consommation d’électricité, il est parti avec une
copine de maths sup’.
Et
il en a pris pour combien ?
Ben,
il ne reste plus que le tube de vaseline… Je crois qu’il a fait une réaction au
beurre des nouilles.
La misère a ses raisons
La
violence : de l’âme en friche.
L’indifférence :
l’opacité du vice et du coeur.
Il
faut savoir mourir pour trouver ses veines.
Il
faut savoir, vouloir se tuer sans jamais y succomber pour connaître le pouvoir
de vivre.
Il
faut savoir se perdre pour se trouver et se dénuder pour reconnaître ses
plaies, celles de l’esprit sans les
rhabiller de fausse pudeur, ni de fausse joie.
Que
ceux qui croient que le corps seul agit, fait et travaille, seul peut distiller
l’encre des crimes qu’enfante l’homme qui se volent d’yeux à yeux.
Il n’y
a de défaits que les vaincus, il n’y a de victoire sans défaite que pour les
orgueilleux,
La pureté
est faite de bonne foi, elle est le silence de l’esprit.
L’amour
n’a de ceci de sensé qu’il permet seulement d’être, créer, sans juger. Même
s’il contribue au bon jugement.
Le
risque est la peur de l’assurance.
La
crainte la raison du risque.
La
folie est l’amour perdu qui se trouve et se perd.
La
sagesse, la mièvrerie de l’âge des grands et petits cultes.
L’insensé
raisonne dans la rigueur de sa folie, il devient le noir profond de la pensée
quand le blanc bonnet du médecin et le bonnet blanc des préfets l’étouffent.
Le ridicule enfreint les règles, même s’il existe des
règles du ridicule.
Il
déroute, désarme, détourne et aguerrit, soi-disant. Il fait les grands et les
petits, les médiocres ne le connaissent point, les grands le méprisent.
L’injure,
elle détourne le foin droit, détonne sur le vécu, froisse les rêves. Patine les
âges mûrs, corrode le dévolu, flétrit l’éphémère. Ecrase les certitudes,
enfonce dans la petite universalité du commun.
Démonte
les espoirs.
La
menace : ronge la volonté, détruit l’imaginaire.
Enfreint
l’inimaginable, amoindrit les temps morts des foules, amplifie les libertés,
exacerbe la révolte.
L’absolu,
n’est que toujours éphémère, dans son éternité.
La
promesse : graine de liberté.
La
fierté : graine de négligence.
Vendus
Coronariens cornus
Vendus
Tordus
Merlus
Putassiers
de merdreux
Putains
de.
Saloperies
de tripatouilleurs de circonstance
Ras
les espérances
Ras
les ordonnances
Ras
le bol, le cul et les fontes
Des
obnibulateurs de conscience
Empoisonneurs
de l’onde fréquence
Focalisateurs
de leur omniprésence
Chipoteurs
de la suggestion
Enfonceurs
de grogne
Energumènes
de l’autorité
Cancéreux
de la fausse modestie
Exploiteurs
de la brassière
Trifouilleurs
de brèche
Frustrés
de la suffisance
Ecarteleurs
de puretés
Profiteurs
de phénomènes
Catastrophistes
de la crainte
Cyniques
de la passion
Machiavélistes
du pu et du pouvoir
Chiens
de guerre
Enfonceurs de chèvres
Faiseurs
de fesse,
Arnaques
à pendus
Brutes
à saucisse pur porc
Germains
Tueurs
notoires, mal mariés
Sortis
de l’ascèse, estropieurs de paresse
Pelures
d’ordures dans les gâteaux
Insectes
grillés sur les dessus de lampes
Ecarteurs
de filles
Bons
pères de famille
Filles
à soldats
Coupeurs
de doigts
Et
de talons d’Achille
Sueurs
notoires
Cuisses
velues potelées et poteleurs assidus, peloteurs émérites
Cornus
ventrus, ventres pénibles
Amateurs
de vénus callipyges et de femmes ventrues
Fesses
fendues
Femmes
dépensières
Hontes
à vous, bues.
Droit
J’assume le droit d’exister, sans pouvoir l’assurer.
Le
droit que j’ai d’assumer un droit que je dois assumer, que j’assure tout de
même, vivre libre, que je n’ai pas, le clauses de la loi n’invitant qu’au droit
de se taire et de faiblir, ou assumer, sous la contrainte du Vous, et de
l’Etat.
Pas
le Mien.
Le
droit.
Le
droit de vivre, de parler, d’enfanter, de mourir, décemment, le droit de
liberté.
Liberté
pour qui, liberté de quoi.
Que
j’ai ou que je n’ai pas, la république des Soi, des Moi.
Le
Droit de figurer dans le Droit, de se figurer le Droit.
Le
droit à la place au soleil, de vivre sa liberté en liberté.
Il
a le droit de faire ce qu’il veut, ce droit, dans les limites de la loi, les
limites étant celles que chacun donne, celles de l’Etat, et celles du Code
Civil, limites permises par la morale, ne devant en aucun lieu tenir lieu de
Droit.
Droit de dire, droit de se taire.
Pas
trop fort et quoi, droit des libertés de penser, de conscience.
Droit
de vivre comme on le peut et non seulement comme on le doit ou le veut, car qui
veut ne peut forcément.
Droit
à la resquille des droits, parvenir à vivre le mieux possible, ou s’habituer.
Droit
de rester ou de partir, liberté de travailler et non plus devoir de travailler,
pour améliorer ses chances de survie.
Droit
vital de rester en vie décemment jusqu’au décès librement consenti et naturel,
de parler sans y être obligé, de se taire sans y être forcé, droit d’y
consentir, droit au respect.
O
l’honnêteté de paraître, de parler et vivre, sans se priver O droit honnête, de
ne bafouer les lois en attendant la fraternité, droit des riches invaincus de
par la religion.
Fraternité
du don, de soi.
Soi.
Ou
rien, sinon le ça du droit commun, droit de partage de soi,liberté des foules
et ses barrières, convictions religieuses refoulées, attente de l’espoir des
autre, pour rétablir le Droit.
Ceux qui y ont Droit.
Marquisades
célèbres, porteuses de nobles à sceptres de gouroux, Libres et leurs peuples
d’Hommes esclaves qui aiment leur condition, esclaves surtout d’eux-mêmes, tout
soi son roi de soi qui ne doit admettre de libre arbitre des castes et des conditions que ce qui respecte la vie et tolère la notion seule des
limites des libertés.
Rabatteurs
de foules et placiers, droit du toupet du gonflé de la rue privilégiée au droit
légal, le droit vous ignore.
Droits
domaniaux sur êtres humains plus parqués qu’animaux, organiques et végétaux,
par appropriation de leur droit presque instinctive et prédatrice de biens,
mais efficiente et réelle, mise sous étiquetage préalable et préétabli,
volontaire et conscient, des hérétiques profonds maquisards au système de mise
à l’écart de la dissidence et son aliénation.
Ou
théorie de l’esclavage moderne sous-jacent, inavoué et librement confondu avec
les mœurs, librement consenti.
N’admettre
les porteurs de vérité, qu’à l’hôpital. Diafoirus Archidiacres dyarchiques.
Gégène
médicale, un détail de l’histoire, française aussi. Présent sans histoire.
L’histoire
du présent. Histoire présente, sans futur. Santa Esméralda française que l’asile psy.
L’Etat,
les Tatas, les Tantouzes, les tas, les Gros Tas, les Tontons, flingueurs, les
Tontons Macoutes ma croûte.
L’état dans lequel nous sommes,
chacun. Etat qui empire et fait de plus en plus mal.
Le
« ressenti » médico-politique des coups, les coups, dits dans la vue
de l’esprit.
Histoire qui recrute, pour se
reproduire
Dame Blanche, Chile.
Chili français.
Torture
médicale politique.
Dans
chaque quartier.
Liberacion, ibuprofène y paracétamol
Respiration
restitution acclimatation compensation lévitation afficion fluxion affliction
ratatinacion décalcacion extorsion extraction extradition optimisation
réflexion prostitution rétractation rétraction crucifixion décrucifixion
prostration apparition réquisition répulsion épuration purification pacification
intubation incubation friction rationalisation radicalisation relativisation
pression bastion responsabilisation relation transaction rémunération
restriction.
Officialisation
argumentation commercialisation troufion spécialisation vérificacion de los
neuronos y nonos alimentation extermination humidification. Mastication
ingurgitation déglutition éructation défécation miction sudation sternutation
amplification filiation expurgation expectoration. Extériorisation. Projection
stabilisation fortification fornication instruction ponction inversion
réversion révision vision purification ion pion nion. Sion. Putréfaction. Légitimation.
Déclination déclinaison oraison succion éclosion flexion hypersécrétion
illumination justification affabulation contribution dépression million monarchisation
dimension organisation opposition coordination ostentation ordination. Fion.
Débactérisation.
Déconnexion. Immunisation. Marchandisation paupérisation inspection reddition.
Fiabilisation finalisation. Application. Pénalisation incantation prévarication
intubation. Mortification. Opération. Raréfaction internationalisation
dentition exécution excitation exagération acceptation harmonisation
germination imprécation convention champignon collation collection colonisation
crevaison criminalisation appropriation mondialisation photosensibilisation
réincarnation sanctification saponification sodificacion stipulation socioprolétarisation
codification stérilisation thermovitrification atomisation vaccination
ventilation vinification réservation précipitation. Révulsion répulsion.
Socialisation
sociabilisation satisfaction protection y dentition expérimentation accession
acceptation résiliation ramification, obsession perception interdiction
fascination fascisation immobilisation mobilisation expiration notion falta de conicion
perturbation perdition définition cession pollution contraception contradiction
ascension ablation. Persécution. Irradiation irritation. Désertification.
Spiritualisation. Mécanisation. Décontamination. Machination russification esthétisation estérification
publication stéarinification totalitarisation mutilation action. Agitation
implication personnalisation individualisation. Poblacion. Infliction.
Improvisation. Répression. Expulsion expropriation.
Concentration
arriération annihilation version rentabilisation idéalisation libéralisation
versification politisation. Pollinisation. Propulsion perquisition
incarcération. Proposition.
Matar
la muerte.
Prohibition
vérification identification obstruction sustentation substantification
orientation direction orientalisation simplification supplication
spécialisation incapatitacion révolution manifestation insensibilisation consommation
information infirmisation compensation désinformation approbation attention.
Suppression. Notification. Concertation. Interdiction. Accréditation abrasion
fiabilisation création démortification subjectivisation intoxication
transpiration désapprobation tranquillisation amélioration appellation
dénomination. Imperfection simula tion
infection carnation minorisation perdition probabilisation restriction.
Mejico.
Gesticulation
destruction accession ébullition explosion ablation possession.
Dérision.
Cuba. Caramba.
Verdad.
Pulsions intimes, années 70
Leurres
Souvenirs
Et seul le malaise restera
Il
frémit de ma terre, tremble. Il chante ma pitié et sa crainte. Il a soif.
Il
a guérit des guerres atroces de son cri qui lancine. Il aime. Fiancé avec mes
nerfs et les traces de coups, il englue mon sommeil. Le cri s’éveille dans un
demi-jour qui fuit la nuit.
Il
lance son hurlement de coq à tout un jour qui s’épouvante, vibre dans ses
séquelles, transpirations d’ivresses, furie dans l’haleine glauque du péril, du
péri et de la chair qui s’indigne.
Il
tremble de la nausée des petits jours au café sans réveil, s’éveille dans les
foules endormies aux cendres rouges, brasiers infernaux de la chair échauffée
étouffée des jours sans faim. Affres sans volupté, sans volonté aucune, sinon
traumatisée.
Il
a faim et je gémis. Transi dans sa haine, roide, le coq émiette les heures de
la nuit qui crie et erre raidie d’une transe électrique. Des étincelles de son
cri atteignent mon repos, ivre de fatigue, je geins, me tourne vers la lune
levée.
Me
retourne dans mon lit, dans l’attente du soleil, bascule du délire intérieur
opiniâtre lourd et sourd, chuchoté bas dans les pensées.
Je sombre dans un vertige sans nom.
Je
hurlerai moi aussi tous les dépits des terres brûlées, les tortures sous le grand
jour pesant, les misères qui se séquestreront de leur foi en l’avenir et
l’ivresse des vieux temps.
Son
cri sonne le glas, donne des frissons, fait froid dans le dos, il prédit
l’avenir, sent venir le moment succin du sang épandu à l’aube qui s’éveille et
l’heure des crimes.
Un
coq qui tue la foi divine et aime le prisonnier qui au fond de sa cellule
croupit, meurt d’envie d’une envie rare de liberté et de vie future, celle qui
plaint la peur et la terreur, clame haut et fort l’innocence de l’inconnue
percluse, la haine miséreuse, purulente et pouilleuse, à bout de nerf, la
révolte des vicissitudes trop pesantes.
Il
aime, la perdrix fugace et ses petits, le faisan à l’orée des bois, les vieux
sapins, les lapins duveteux, le lièvre qui détale, et sa hase, si craintive. Il
vomit sa transe et crie sa nausée.
Sous
les branches sèches, l’odeur de la résine hérisse plus fort encore les
moustaches, des chats.
Son
cri percute la montagne, les gros bulldozers qui croisent au loin, rasent la
montagne, machines infernales dont les gros phares éblouissent les yeux, faits
au sombre de la nuit. Gros yeux d’insectes noirâtres ravageurs, alignés peu à
peu dès le lever du soleil, sur la crète. Bulldozers, pelleteuses qui alignent
les blocs en désastre, autoroutes géantes, balafres de la garrigue.
L’explosion
du vieux volcan se fait attendre.
Le
mugissement des camions et des bennes oranges taraude lentement au cours des
nuits d’épouvante, le ventre de bête de cette plaine, retentit en écho sourds
aux malheurs d’ici bas, de cette terre maligne, ravagée de heurts avec
l’humanité mais sans défense.
Je désespère.
Le
cri du coq avertit, si fort de la présence du malheur que je pleurais moi aussi
une fin injuste, abrutie de l’indigeste, je clamerai la sottise du monde, coq,
cracherai ma salive ainsi que le sang d’un innocent mort pour son sang.
Tu
parles familles et mort pour une société
que tout accuse et plus rien ne sanctionne. Un criminel aurait raison pour des
raisons d‘Etat, raison même de la conscience inavouée du crime, toute honte
bue.
Et
la terre ne vivra son cauchemar de mère de la vie que tout bas, petit tas de
cailloux, galets os blancs traînés roulés sous les eaux en trombes, répandus
dans les rivières et les mers, nourriture des blés et immondices insipides
lavés de la jalousie des hommes envers ses origines, volcan actif qui rougeoie
encore sous l’atroce, terre, qui donne le pain quotidien.
Le
volcan à jamais éteint empreint du halo pale des phares, seule lave figée qui ne
coulera jamais que sur le sable des tonnes de bitume au parfum indélébile,
arasé, frémit de feu presque mort, se souvient.
Je
pleurerai moi aussi l’esprit sourd d’un peuple de bravades et d’injustices
indignes.
Le
malaise seul restera.
Le
coq, sublime, vestige de ce mont jusqu’à sa mort, restera seul avec sa fin
prochaine, sa voix rageuse luttera longtemps pour sa terre qui lui manque. Il
faut tuer le coq.
Il
prédit dix ans de plus d’enfermement, peines d’une vie de peines, fatigues
saoules innombrables, scribes de frémissements dans relâche de toute une
jeunesse.
Un
coq qui meurt dans sa mort atroce, et la haine qui s‘enfonce, couteau dans la
veine de son cou de pauvre bête, la
haine l’embrasse, dix ans de malheurs, persécutions ultimes.
Son
cri me berce et m’inonde d’une sueur
acide, malaise jusqu’au sang.
Je
ferai dix ans de guerre pour défendre le cri rauque de l’oiseau, du fou, du
sang répandu pour que ne survive la haine.
Dix
ans des complainte je réciterai, écouterai la voix intérieure de l’animal qui
parlait au fond des cœurs, sauverai mon âme des après-guerres interminables. Je
libèrerai les cœurs des amoureuses.
Le
coq de l’enfance a pleuré sa liberté acquise par la mort, et la mienne, le
malheur d’être enfant.
Je
ne reverrai la montagne, je ne verrai peut-être le mariage que dans dix ans,
dans très longtemps. Peut-être jamais.
Pour
un jour qui blêmit dans le bleu des pervenches, pointe de feu des feuilles de
lierre rampant, s’émiette entre les rameaux les cloisons froides d’une vie sans
empreinte.
Les pulsions sacrées déchaînent les foules.
L’ami,
quand verra-t-il le jour parmi ces hommes toujours en guerre… Mes mains
tremblent et je tremble, hérissée de froid. La peur, la nuit, pour le pari
d’aimer plus fort, la sueur du café torride, les sens qui transpirent…
Le
coq frémit au loin, je reste dans mon lit, à ce ma tin d’avril, le cœur en peine, attendant que le chant
cesse, rêvant dans un soupir aux trilles des rossignols, ruisseaux des fraîcheurs
de mai, printemps glacés.
Je
verrai passer le temps du printemps, seule. Les grillons brûleront l’été, les
passereaux reviendront, le rossignol épuisera mes nuits. Me rappellera les
heures noires où les envies calment les désirs
Cœur
qui se lamente durera.
Le
chant quelconque du coq, horrifié du futur qui m’attend, des larmes des amants
séparés, des espoirs jaloux abrutis, clame la peine des amants qui ne
reviennent jamais.
Le
coq de l’hiver chante et chantera la complainte de filles esseulées sans joie aucune.
Et
seul le malaise restera.
Et
toute l’erreur retentira, effacée des souvenirs mais présente, toute honte pourchassée
par les étoiles au bord des cils, tant qu’il y aura des coqs au petit matin et
des hommes qui rêvent de la guerre, et tuent comme des bêtes des filles belles
pour leurs contes d’hommes ivres saouls de l’ivresse des meurtres,hommes qui tueront
pour un peu de bière, le rossignol des lierres, et pour un peu de vin,
d’alcool, chaque homme qui restera libre, tant qu’il restera un homme sur terre
pour que les femmes ne traînent leur robe dans les caillots de sang englué à
leurs prières, tant qu’un coq chantera.
Et
le vent hurlera dans les embrasures des portes, après la mort du coq, l’épouvante
d’un autre, des filles que la tempête blesse, la tuerie, et les cris que
poussera le vent m’enseigneront la route à suivre, avertissement craintif
imprégné de toutes les résistances.
Après
le vent la tramontane, après l’autan les oiseaux des bois, puis les nouveaux
étés et les terres jaunes de juillet, les eaux topaze des mers reviendront
aimer la solitude, après les cigales et le temps de pluie, la nausée des hivers
jusqu’à ce que de printemps il n’existe
plus.
Le temps froissé et la bouche rouge qui bouge des fards
des mal aimées, je pleurerai.
Et
seul le malaise restera.
Et
le vent d’autan.
Premier jour de neige
Un seul jour de neige
Dans
la baraque des âmes, des êtres éteints, des lits de bois lourds de patine
Aura
suffi à tranquilliser la vieille croûte de blé sec
Entaillée
des chaudes années lumière de diète étoilée
Aura
réussi à unir l’eau sûre le froid la terre et le feu
A raviver
les couleurs lucides, givrées de temps perdu
De
couleurs à l’eau, du noir pays.
Compost mêlé de l’humus de terre moisie
Née
des vieux raisins pourris enfouis aux pieds sombres des ceps de vigne brune
A
demi décomposés de l‘hiver neigeux
Brûlent
légèrement leur dernière vie
Tendues
sous les herbes grasses, les racines des arbres repoussent les névés
Ombres qui descendent du Mur de pierre qu’est ici le
ciel noir ombrageux
L’impardonnable
pain amer du vide, du rire sardonique
Puissance âcre des végétations écrasées
Sous
le poids constricteur des bruines acides glaciales ou tièdes
Forgent
les chambranles des fenêtres imprégnés des sucs noircis aux feux de joie
Des
fumets salis d’humidité, dans une bulle léthargique d’eau neuve
Tombée
en cascade du haut de météores nuageux
Nébuleuses
irisées.
L’impardonnable pain amer de la séparation
Le
rictus des rires à contrecœur
Issus
du pouvoir secret des Hommes
Enceints
de rares gelées, de la violence des végétations salubres
Ingérées
dans les tissus fatigués
Echantillons
de verdure pendus aux pentes de rocailles des flancs tendus,
Collines
ravagées de printemps aux jardinets coquets
Salades
et artichauts
Forgent
les chambranles des portes les montants de bois des jambes humaines
Les
mordants légers des fins d‘hiver
Ils
auront tordu les ferrailles des bâtisses
D’un
gel vif et sans pardon
Neiges
purifiantes purifiant les ivresses des temps passés
A
mordre dans la poussière des vertes années, dépassées
Lignes serpentines des eaux vivaces
Plongeant
jusqu’au point de retour
Dans
l’abîme des sens
Plongeant
dans la fonte des neiges au profond de puits ouvert sur le ciel pur
Mousses
abondantes de végétal givré
Tapissant
le fond du trou à plein ciel vert
Plongeaient
des racines les liens du mal entre terre et nuit, entre ocre et bleu
Entre la raison pure et l’absinthe des liaisons, folie
naissante, pures traditions
Et
l’eau ferrugineuse des météores fugitifs ravive les sens aigus de l’aquarium
sauvage géant de ce monde sans réponse aucune à son existence, au climat
taciturne, emporté ou tourmenté de cataclysmes cauchemardesques quotidiens.
Rêves éveillés sacrilèges des ombres tacites, tâches et
corvées.
Marque
indélébile de la raison, sauf peut être celle de la terre, celle de vivre, la
raison d’être sans détour masquée du tatouage des amours calcinées.
Sirènes
des rivières qui jouent aux merveilles contre les murailles déteintes.
Dans
la Maison des arbres hêtres qui ont crevé le plafond de tuiles, et bâti la
bulle de vie qui rêvait d’une toiture d’ardoises noires écaillées de lichens.
Un
lieu qui soit un abri sec où chuchotent, froissent des feuilles, croissent,
feulent dans la paille, respirent les arbres feuillus, poussent entre les
charpentes, font paraître les souches, rhizomes de la forêt.
Des
oiseaux des bois enchevêtrés d’interdits vivent sous les toits de verdure,
relient la voûte de feuillage aux branchages tordus, entrelacés de mots
murmurés, amoureux transis du soir.
Piaillement au creux des plumes, au sein de la Maison
des oiseaux qui chantaient.
Oiseaux
des bois et des fourrés qui volent sous les tasseaux couverts de terre cuite restante,
mousses écrasées sous le froid humide, oiseaux verts ou passereaux bruns,
frileux d’une aura inondée d’inconnu. Enamourés de graines rares, tombés des pins
sylvestre, voletant dans l’espace couvert simplement de l’air frémissant
infranchissable de pureté, renflés de soupirs, ils volent dans un vol feutré,
dans l’attente de la mort, irradiés d’amour, de puissance éternelle, vibrée.
Feulaient entre les battements d’ailes, les souffles
épris des bêtes, l’haleine éperdue de l’Ami.
Mythe
des cadences infernales, reproduit rythme des battements du cœur.
Cours
vite d’avantage avant que la marée n’enlace les chevilles, ne t’allonges sur le
sable mouillé.
Au
milieu des coquillages et des étoiles de mer, échouée du songe maudit de
renaître, avec le changement de saisons, la révolution nouvelle de la Terre.
Eaux vivaces de la passion des Hommes
Issus
des bruines et des brumes d’acier
Livrés
à la fatigue humaine
Soulagés
des plantes lasses d’aimer
Satisfaite
la course des bois autour du monde, ne s’empoisonnent que du suc des
végétations pourris sous l’eau tombée du ciel, que quelques faunes croissantes
lavées à vif des plaies des trombes de déluges naturels, sous l’arcade d’une
étreinte humaine mortelle.
Rousse
fouine foulant les feuilles couleur écaille, fuyant quelque appel de
braconnier.
Viennent
les Maître des massifs, du fin fond de l’ubac plus loin que le trajet d’une
pierre, les fauves, lynx des forêts, martres, lérots, autres fouines, écureuils
pris profondément de terreur maligne que seul le sommeil peut rassurer,
s’endorment dans la Maison de bois, des faunes tranquilles qui s‘évadent des
Maisons de pierre, basaltes et granits micassés, des grottes à flanc de
montagne.
S’endort
le lérot sur le billot de chêne, relique de vies éteintes, dans la Maison des
arbres au toit ouvert, battue aux sangs par les gifles de bourrasques
douloureuses, l’automne venu, s’accumulent les passages des chèvres, heureuses
des salpêtres naissants, en auréoles de gemmes lucides, témoins premiers des
masures vides. Mauves d’aurore gelée.
Ce n’était qu’un toit, ce n’était qu’une femme,
disparue.
Le toit énorme de la Maison, note de lecture
Tombée
au fond du puit, sans trou plus profond que le verdâtre de l’eau, sans nulle
issue plus noire que le noir absolu.
Niée
en elle, la femme absolue, la déesse Mère, le propre de l’Homme, la Raison, la
Maison, la Pensée.
Niée
en toute femme née trop tôt, intelligente peut-être et assez sensée pour ce
monde, la déduction visionnaire de ce monde cruel, monde réel, la déduction du
paradigme de l’Homme et de la Femme, vécu froidement frigide bizarre sans tête
et dotée d’un corps d’échappée des chairs moites de l’Homme. Chairs putrides
des amours dominatrices, fournaise des génocides putrides hommes aux chairs
crucifiées dans les ghettos du ventre de la terre, enfoui à jamais le temps
futur de ceux qui ne sont encore point morts, de l’attente inutile, des fins de
désert.
Cendres
froides des morts soufflées par les vents.
Porteuses
d’un monde idéalisé d’une fenêtre sans rideaux ouverte sur un avenir dépassé,
sans que possible n’ait vécu ni n’ait pu se réaliser.
Une
grue givrée sur une patte rosée au bord d’un lac gelé un matin, un désert de montagnes
bleues, de sables gris, de sel sablé de rouge.
Le
toit énorme de la Maison sur la mémoire sans attaches autres que l’amer du
thésor de l’espoir de hurler enfin, plus fort encore que le dernier cri de
l’oiseau, ou le dernier soupir du mourant. Que le hoquet de l’agonie, d’une
femme sur le bûcher, le cri quotidien que le réseau des eaux vives invisibles
de la pensée, avalé dans les trous d’eaux mordantes de l’ascèse nubile d’une
humanité mal vécue Profondeurs de la Femme.
La
femme ni matonne ni flic ni maîtresse à fouets, la Femme en elle-même, le sens
purifié du terme, l’identité ajoutée à sa présence, pas uniquement celle de la
Mère.
La
Mort, la Torture, la Faim, et l’Horreur, eaux fortes des eaux noires et
troubles de l’humanité menée le sang à vif, à l’autre côté de l’humanité, la
bête de somme.
Le
toit sous le déluge de feu des guerres atroces des Hommes, énorme de la raison
d’Etre et de la raison d’Etat, incinère un à un les jouets de plastique toxique
de la maison, maléfiques de haine ancestrale. La Raison d’Etre, la femme et le
miroir, la pensée atomique et atomisée d’un genre humain, l’Homme.
Et
le futur qu’il n’y a pas, qu’il n’y aura jamais. Il n’y en aura jamais d’autre,
il n’y aura jamais de futur là où de futur il n’y a eu, de monde jamais vu ni
entendu ni touché ni senti ni exact de certitudes millénaires douillettes, ni
réuni ni sans un atome de femme, et le péché d’envie des Hommes. Ni en un autre
être qu’une femme ou un animal, un homme pris pour la Pensée en Soi qui ne
brûle ni ne détruit, un jour peut-être viendra, pour lui, et sa pensée future.
Et
le futur de la femme, son passé vénal et virginal, un hold-up que la femme et
sa pureté ont eu longtemps à l’étude, la résolution de cet enfer du vide
sidéral viendra, soupçonné des francs-maçons de mystère divin, la femme vécue
dévergondée, vide sidéral de la planète, reste à dompter dans ce règne en être
vide du propre masculin, de longue date éculé sur le genre du ventre.
Hold-up
à braquage que la perspicacité et
l’esprit de justice, les droits de la femme, droits acquis de ces êtres aux sens de l’impalpable
et de l’infini, de l’implacable des sens à jamais ancrés dans le jamais cru du
vrai, une antithèse du mal que réfutent les médecins de la femme moderne.
Enterrée
vive depuis des décennies, dotée seulement de sa voix vieillie, fanée pour
oublier, les sévices, les péchés endurés, femme que l’on tue, torture de mort
maligne et demain froide, étouffée dans l’humus des femmes communes, depuis le
premier antéchrist, fosses des hôpitaux de guerre, froideur de cette foi de
vivre qui reste sa seule raison, celle de la mort promise et de la seule misère
permise.
D’un
choc fulgurant, le regard ultime, un éclat de pensée limpide dans son
éclatement d’étoiles de cerveau, dans le verre épais de la mort.
Et
l’antimatière du Mal existe.
Le
crime d’être né, d’être née femme.
Fille
de l’impur.
Qui n’a brûlé ses doigts à vouloir survivre… ?
Fanée,
promise aux dieux, aux feux de bois des simples.
Morte autant qu’un Homme Libre autant de main d’Homme
que d’une Guerre.
Un
dernier cri rivé au dernier jour de la naissance, vers le bras armé tenant les
rideaux ouverts sur un ciel éblouissant,, et l’ombre du Père, le trou énorme
dans la nuque brisée.
Le
Toit énorme de la Maison.
Sur
la Raison de la femme.
Le meilleur de soi-même
Il
s’était fixé un but, partir avec les beaux jours et ne plus en revenir, courir
après le beau temps et ne jamais respirer autrement que dans la solitude du
deuil humain, le chagrin qui habite les idéaux défunts, il s’était donné tout
le restant de sa vie pour ne plus vivre que le vent d’autan.
Resté
seul depuis les dernières tragédies, sa femme au loin, ses enfants punis de ne
plus rire ni d’être avec lui, il pleurait de se savoir à la fin de son monde,
écrivait des mots d’amour sur tous les arbres des jardins de sa ville. Il les
épinglait d’une aiguille rougie au feu de ses malheurs, aux tapisseries des
murs de planches des refuges, s’étiolait sous les branches basses étoilées de
neige.
Et
dans le paysage de désolation, il chantait tout doucement, la défaite de son
cœur, la crainte de la pluie, le terme de sa vie, vieil homme décidé à parfaire
son état d’une issue salutaire, partir loin, dans rêves de sans-logis, ne
flirter plus qu’avec le temps le temps de vivre comme avec le temps d’aimer, le
temps et ses neiges, le temps tout court.
Abrité
sous un vieux sac plastique récupéré dans les poubelles d’une usine d’appareils
ménagers, il cerclait cette grossesse des idées immatures de révolte dans le
foin de la douleur, du pincement de cœur, dans le clair du froid qui vient et
le tranchant de la bise.
Il
allait seul pêcher sur les bords de la Seine, quelque gardon asphyxié d’iode et
de radium, qui avait goutté aux égouts de la ville et mercantile, revendait sa
pêche aux restaurants du coin. Parfois un loup de mer ou un grondin remontait
le courant du fleuve, emporté par les marées montantes, et il achevait mourir
dans les paniers sertis de métal du maquisard des cités, mendiant au front
éclairé de courage.
Sa peur
de prendre trop d’heures sur sa vie à chercher son bonheur, il laissait les
secondes s’écouler entre ses mains comme une poignée de sable fin, la mer,
l’eau du fleuve accumulée en un océan de gouttes, celle qui l’attendait et
qu’il n’avait jamais vue depuis son arrivée à la rade, jamais au rendez-vous
pour la traversée de citadelle.
A
chacun il ne donnait que le meilleur de soi-même, le reste, il le gardait pour
lui.
Ses
pas s’arrêtaient aux portes de la cité, et là, à l’orée de la province, il
contemplait la fin du jour, perché sur une colline aux senteurs de bruyère, ce vent qui contrefaisait le mistral
et les joues brûlées des entrées maritimes, il se coulait dans le corps des
cargos, passager clandestin de ses rêves, pour un voyage inaltérable vers les Antilles,
sa terre natale. Il poussait un soupir, retournait à sa barge, traversait à flots
le bon sens du fleuve, faisait parfois payer le prix de la traversée aux
couples isolés, mandataires de quelque frivolité en échange de quelques sous,
qu’il enfouissait dans ses grandes poches, sous le pull kaki récupéré dans les
vieux stocks de l’armée. Il repartait désuet et perdu dans son âge, vers des
aventures qu’il vivrait au chaud, dans la vieille enfance de la cabane de
pêcheur qu’il avait découverte, abandonnée, restaurée les après-midi de
silence. Il était libre de vivre ou de mourir, ce poids de responsabilité le
guindait dans une dignité qui passait pour de la peur, l’amenait à sangloter,
tard, le soir, il était seul. Chien galeux de tous. Chien perdu.
Marin
d’eau douce.
Aucun désir aucun
Et
le ciel mauve du soir montant vers le soleil superposé aux cirrus oranges,
s’aveuglait de silence, s’arrachait de la terre verte et violette,
ensevelissait les montagnes.
C’est
une mémoire commotionnelle du temps, une et unique, universelle, celle d’écrire
un peu, juste un peu de cette mémoire, de quoi se venger de la mort et de toute
ère, le temps de digérer les rages au ventre, de palper quelque poussière rouge
tombée des vêtements secs au retour de quelque promenade dans l’air blanc de
brume de l’arrière-pays.
Comme
un cri de chouette et de choucas traîne et se déchire, veille sur le mal
accompli, sur les mensonges chers aux communs des mortels, je hurle au-dedans de
la poitrine ce premier pas vers eux que j’ai fait, qui m’a valu la peur des
anciens pour le futur qui se signale, le dernier pas qu’il me reste à faire
étant de revenir aux sources premières, qui me vaudront la paix ou la fin. Dans
ce coron mental qu’est l’entre-deux-guerres, la dernière.
L’agonie
n’a plus de sens dès que le soleil se met à tourner pour la dernière fois avant
que ne meure la lune entre les bras des enfants, endormis tôt le soir dans la
criante du père et sa crainte d’éveiller
la mère qui dort, rentrée des chaumes, sans repos, endormie dans le terril de
la nuit sous la neige de ses ancêtres, issus des morts.
Quand
on meurt, même les autres disparaissent avec soi, et c’était comme s’ils vous
accompagnaient jusques dans votre tombe, entre le bois et l’humus, c’était
comme si la fin de chacun était commune à celle des autres, contenue dans tous
les ventres, entre tous les gestes, préparée dès la naissance au sortir des
entrailles, à cet ultime instant qui fait que nul n’a ignoré les dunes de
pierres noires, ni les barkhanes ni les poussières ni les crassiers de l‘après
guerre, ni les guerres, ni la paix…
Et
pourtant, pourtant, reste un jour de deuil chaque jour qui paraît où quelque
deuil est à souhaiter…
Que
je cherche l’amour ou l’arme au poing, de toute façon, ton espoir de revivre un
rien l’emportera vers le soleil ; il sera toujours là même si vient à
disparaître le dernier des mortels, et personne ne pourra nous le voler, sauf,
si quelque bourreau anonyme nous enferme tous deux dans le cachot du cercueil,
ou dans quelque prison de terre et de pierre, où seule la nuit aura raison,
enterrée vive la lumière des sens.
Que
je m’éveille de ce temps révolu où la liberté se taisait au nom de
l’intelligence de paraître plus, où mieux, et le ciel mauve lui qui monte vers
les étoiles, ne se préoccupe pas de cela, il poursuit sa route, n’a besoin ni
de bagage ni de salive pour pester, protester contre cette horreur de la
nature, et pourtant pourtant, je le connais mieux que toi, et lui ne me connaît
pas bien, trop haut dans l’univers pour que sa rencontre n’ait été aussi celle
des autres.
Adieu,
autant pour chacun, et aucun désir aucun, d’avoir peur encore… de toi, de la
fin de ce jour.
Nul ne sera vaincu
Le
temps est immobile et reste passer outre les chaleurs d’août, et les épreuves
de la nuit où chaque chat, chaque oiseau sombre la survie de l’espèce.
Les
oiseaux, parce que c’est la guerre, entre les animaux et le jour naissant,
alors que je m’évanouis dans un sommeil sans issue.
Le
grand soleil m’éveille quand un couple de rossignols, mâle et femelle, se fait
tuer dans une débauche de carnages, par une horde de pies, rossignols qui
hantaient les nuits sages, les cauchemars de l’adolescence.
Quand
naissaient la pointe de douleur de la fiancée perdue, les peurs en bleu nuit,
les pleurs sauvages, que tout homme ne pouvait contenir ni comprendre, pleurs
d’animaux pris au piège de la patience, et de la solitude.
Vous
avez des morts sur la conscience, vous qui négligez ces chagrins continuels,
chagrins de peur et d’ennui, au fond des jardins sombres, là où le lierre
rampant envahit les vieux chênes, étouffe les marronniers. Fontaines muettes
d’eau croupie ou disparue, de béton sec étouffé d’algues longilignes, longs
cils vibratiles d’un vert tendre, puissantes mates vibrantes de vie secrète,
abritant maints poissons, carpes chinoises, quelques grenouilles, et parfois,
un crapaud. Entre des mousses rampantes, touffues.
Je
devrai mourir dans les gemmes terrestres, dans la chaux de la tombe, ma place
faite à la fosse commune, sels alimentaires de l’été qui traîne dans les
assiettes, la mort vacille, s’écoute mugir d’impuissance, je n’ai pas repris
mon repas aujourd’hui, nourritures humaines que je repoussais, que je me défens
de prendre.
Les
chats hier soir ont attrapé une palombe, et l’ont dévorée, ne laissant que sa
carcasse ouverte à la poitrine rongée jusqu’aux os, quelques viscères.
Ce n’est que le vent fol, le vent fol, Ami, le vent fol
Le
vent d’autan angoissait les vieilles vipères, donnait des pattes aux punaises
des bois, leur langue de bois, sans répit, tournait la nuit, le jour, autour
des chaumières,.
Eparpillait
les éclats de verre des vitrages brisés dans les maisons de pierre, lors des
assauts. Le temps pendu aux fenêtres se fanait du sable sec des rafales.
Le
vent fol s’infiltrait dans chaque fin cheveu de chair, forçait les barrières de
douceur du nid, brisait la peau craquelée des visages, laissait les femmes
tordues de douleurs, tourmentées sans trêve, jambes noueuses, femmes qui anonymes
portant leurs enfants malades, rongés de grippes notoires et conjonctivites
enflammées, luttaient contre le courrant sans amont, qui venait de l’infini.
Les
poussières du désert ensanglantaient le paysage, s’incrustaient dans les yeux,
plissaient les paupières, les faces marquées, morsurées, des hommes matures,
crevassaient les mains gercées de gel passées les matinées dans les lessives,
les travaux es champs. Chairs rongées rosées.
Et
les épines durent dues aux défunts, deviennent l’écharde du condamné, dans les
veillées de janvier.
Il
faisait beau mais sec, le vent hurlait aux embrasures des fenêtres de bois et
de verre, colère hurlante, verre brumeux des haleines chaudes de pitié, de
piété familiale, envers le père mal et la mère mourante, creusait sous les
laines épaisses, soulevait les capes, s’engouffrait dans les manteaux
mystérieux refermés sur des bébés sucrés, des petits d’hommes à venir des
chagrins salés.
Il
était si sec, ce vent, que les dames pleuraient sans même le vouloir, en
silence, de blessures accumulées, derrière les fagots de ceps amassés dans les
vignes, lasses des hurlements des bourrasques.
Et
le vent se heurtait aux portes calfeutrées, envahisseur invisible irrépressible
d’un enfer sonore, bruyant, rappelait le bruit de fond des trombes d’eau d’une
chute infernale interminable, les cris au loin des victimes tombées, des
enfants mourants, des hommes et des femmes tombés sans faiblir dans les îles.
Et
l’hommage du vent aux morts et blessés, à tous les martyres de la terre,
terrait le reste de l’humanité et du peuple des hommes dans les quairons de
sable, les cabanes de bruyère, les planches des ghettos, au fond des usines
muettes.
Vent
d’un jugement dernier que tous craignaient, pour avoir eu dansé quand des
innocents disparaissaient pour la froideur de la terre.
Le
vent d’autan, ce n’est que le sang des hommes qui arrondit la planète et gronde
dans les têtes éperdues du miel des ruches sous les balles des assaillants en
mitraille, criblées.
Le
vent. Il soulevait une poussière âcre, les chevelures défaites des jeunes
filles, seul regain en vie de ces provinces touchées, de ce pays amer au goût
de terre noire.
Le
vent fol sentait la broussaille et la lie des fûts, dérangeait les têtes et les
lits, dès le matin, ne délaissait en son sillage que vengeance trahison et
délation, la neige vive et le couteau froid de la glace.
Les
amants séparés dormaient ensemble, se retrouvaient aux heures perdues blottis
sous des couettes amoncelées, dans l’espoir d’oublier les ventres vides,
envahis de milliers d’agonies que la tramontane faisait entendre.
Ces
accents au plus fort des tourments, passaient du vitupéré aux douleurs dramatiques,
des échos de l’horreur pure à la lie putride,
à l’espoir imputrescible.
Les
familles s’enterraient jalousement dans leurs demeures, efflanquées et plates de
peur, la malédiction du vent les travaillait, le vent fol travaillait les
consciences…
C’était
le chœur des plus purs décédés pour les rescapés, clameurs pires que dard de guêpe,
que quelque poignard dans le ventre de la mère promise aux abeilles, il rendait
stérile les ménages, pire que la mort elle-même, et que celle du fiancé, du
mari et du père, l’agonie lente tuait sûrement lente ou brutale, d’une planète
qui n’a rien d’éternel, sinon la fatigue sous le poids des fumées, et celui des
hommes.
Et
le vent fol un jour aura raison,
Un
jour, il cessera.
Dans
ma tête, il y a l’évidence du passé, une planète si ce n’est qu’un cétacé
Il
y a de la terre, un arbre et un ruisseau
Un
peu d’eau pour boire les soirs d’été,
Quand
la soif revient coller les boyaux
Et
un chien attaché à un piquet, chien galeux qui n’a ici que son maître
Et
sa gamelle de fer à demi enterrée dans la terre poudreuse
Sous
un pommier
Dans
la tête, un coin du jardin, là où l’herbe n’est jamais fauchée, des poteries,
jaunes et vertes, dont les coulées d’émail sont inaltérables.
Dans
ma tête,
Il
y a des cages à lapins, dans un vieux poulailler longtemps désaffecté au grill age peint en jaune pâle, dont les montants
écaillés soutient un cabanon assez bas, où il faut plier le cou et baisser la
tête pour ne point crever le toit de planches encore couvertes de sciure.
Dans
un recoin des flancs de bois, dans un trou presque creusé dans la terre, une la pine et ses petits, des boules de
duvet couleur de terre poussiéreuse comme le jardin, poudres de sables,
mouvantes et tièdes à demi enterrées dans leur nid.
Dans
ma tête,
Il y
a le puits couvert pour que personne n’y tombe avec le seau émaillé de métal
rouillé qui sert à donner à boire, au chien, aux lapins, dans des gamelles de
fer où des trous commencent à se faire, ou des flacons géants de plastiques
ouverts par le milieux qui servent l’été à donner un peu de fraîcheur, dans le
coin gauche la cour, près de la porte condamnée.
Un
figuier dont les branches basses la issent
deviner le visage, des feuilles géantes ou immenses, les termes ne sont pas
très appropriées, des feuilles telles qu’elles se voient dans les cauchemars, ou les rêves de la
passion, qui recouvrent le recoin désert droit dans le fond de la cour, et les
figues mûres que l’on donne en récompense aux enfants, une cuvette en émail
éclaté sous les ans de service, du côté du robinet couvert des feuilles de
l’arbre, orifice ludique et toujours mouillé qu’il faut aller brancher en
manquant de se faire tuer du retour d’une branche repoussée trop fermement,
puissantes à vous rompre le cou.
Et a u bout du robinet qui goutte même par
temps froid, le goulet du dit robinet pris dans un tube en plastique cerné d’un
garrot de métal, un plastique acide aux couleurs de bonbon translucide vert, à
la menthe, ou jaune citron, dans lequel restaient les algues qui le fermaient
s’il n’était que très peu utilisé.
Et
les lapins, prêts à mordre, qui vous mangeraient, si vous n’étiez leur père, le
donneur nutritionnel, le donneur nutritionnel qui les maintient en vie, ou si
vous restiez un peu trop de trop de temps dans leur cage.
Dans
ma tête, des potagers minuscules, quelques rangées de petits pois ou de pieds
de tomates, de pois chiches ou de fèves, que l’on se boulotte, dans les repas
de famille, chez les grands parents, lors des visites, plats de résistance accompagnés
d’un civet de lapin fraîchement tué, d’un coup net sur la nuque, les oreilles
cassées par des mains trop puissantes, dans les sens de la longueur.
Haricots
verts ou fraises, melons d’eau à rayures, que l’on fait croître entre les murs
de basalte agglomérés, sans mot dire, pastèques luisantes d’un vert d’ombre,
aubergines stupides de bon terreau et pieds de poireaux épargnés des
désherbants, salades vives et scaroles amères qui font crisser les dents
lorsqu’on les mange, dégustées avec une piquette du magasin.
Boues
de vins encore dilués, ou épurés tels esters, réussite la métamorphose du jus
de raisin en vin, qui pétille s’il n’est pas trop raté, fait les délices des amateurs.
Boue
presque humaine issue des tonnelets entassés dans la remise. Et parfois quelque
eau de vie qui vous arrache l’œsophage,
tirée des jeannes de verre vert bouteille, et qui se donne en guise de accueil,
dans les villages, au bas enfants, parents, visites. Parfois aussi une caisse
grillagée, pour soient purgés les escargots ramassés dans les rebords de
vignes, sur les tertres sans désherbants.
Dans
ma tête, les larmes faciles des dames qui longeaient le jardin pour se rendre
au cimetière, à deux pas du jardin, l’arrosoir en fer vert allemand, embouti
sur le coté, à l’arrondi plat et vide à la fois, parfois à demi plein de
l’arrosage au soir, dans le plus de l’été, quand il n’a pas assez plu, et qu’il
faut dépoussiérer les feuilles du potager.
Dans
ma tête, la table ronde peinte de la
même couleur que la couleur jaune paille du clapier, peinture écaillée qui
laisse deviner la rouille envahissante, qui touche jusqu’aux longs couteaux,
remisés derrière la pile où l’on se lave les mains pleines de terre, et nettoie
les outils avant partir, après avoir tout vérifié du travail bien accompli.
Une
table ronde de fer à la surface gondolée, trouée d’un orifice central, qui à
l’origine servait à y placer un parasol, les soirées d’été, œilleton immobile
qui fixe le ciel.
Au
dessus pieds torsadés de la table.
Le
magasin poussiéreux, où la poudre grise s’amoncelle en tas et petits monticules,
sols et barriques, instruments de jardinage, qui se recouvrent de couches pulvérulentes,
épaisses plus encore au fil des années. Des barils de vin et de vinaigre, la
motoculteuse, la souffreuse, étaient toute une vie, bouteilles aussi de l’année
enfouies sous les éléments disparates de la remise, écuries où végétait le
cheval de labour.
Dans
ma tête, la paix d’un dauphin, le souffle d’une baleine échouée, un temps dans
la mort.
Ha ha ha!
Rédigé par: | 18/05/2009 à 23:12